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Shi heng Yi

Shi Heng Yi est un moine chinois vivant au Shaolin Temple Europe en Allemagne, dont une courte conférence, captée sur Youtube, m’a paru résumer parfaitement la doctrine bouddhiste, sur le point particulier de la claire vision. Son exposé concerne le désir de se mettre sur « la voie » et les principaux obstacles sur ce chemin.

Vous trouverez cette conférence sur You Tube, en tapant : Shaolin Shi Heng Yi five hindrances.

Shi Heng Yi a été amené à des pratiques monastiques à Shaolin dès l’âge de quatre ans. Ultérieurement, il décide d’y revenir plutôt que de se former à un quelconque métier, répondant à la vocation de se dédier à ce qui pour lui est le plus important dans cette vie: la quête d’une vie véritable et libre. La pratique du Kung Fu dans ce monastère bouddhiste chinois renommé consiste à pratiquer sans relâche une série d’entrainements physiques et mentaux, une série d’entrainements portant sur le comportement, et à parvenir ainsi à la découverte de soi-même. Découverte de soi-même, devise rapportée de Socrate. 

(Je m’aventure à caractériser la pratique du Kung Fu à Shaolin par cet angle de vue: arriver par l’exercice physique aux limites de la volonté; abandonner tout orgueil dans cette exhaustion, c’est à dire toute ambition trahissant encore un égoïsme; ainsi parvenir à oublier même l’ambition de parvenir au but; vivre alors dans la simplicité; une simplicité où le moi ne compte plus. Si c’est réussi, c’est à dire ayant donc suivi un bon maître, la compassion devient naturelle car avoir surmonté tant d’épreuves mène à l’indulgence; mais  si c’est raté, c’est à dire non suivi par un bon maître c’est à mon avis le risque d’un fanatisme ou d’une folie. Le « bon » maître est celui qui a été transformé suffisamment par l’ascèse des exercices physiques et mentaux pour ouvrir son coeur et ne pas exercer d’emprise sur son disciple.)

Me. Shi Heng Yi éveille son auditoire par quelques piques : se réjouir du temps passant même en ne faisant rien; trouver sa voie et la poursuivre, vers le plus haut, le plus profond en nous.

Puis, il raconte l’histoire que lui a racontée un maître à Shaolin. 

“Un homme vivait près d’une montagne et, chaque jour se disait : je vais monter cette montagne, pour voir ce que l’on voit du sommet. Un jour, il finit par se mettre en route. Arrivé au pied de la montagne, il rencontre un voyageur et lui demande: « Avez-vous été au sommet de cette montagne? Comment êtes vous monté et qu’avez vous vu? »

Le voyageur lui décrit son ascension et cela paraît si difficile à notre homme qu’il se dit qu’il n’y arrivera pas, que c’est beaucoup trop fatiguant. Il décide quand même de se renseigner auprès d’autres voyageurs. Il interroge le suivant qu’il rencontre en lui demandant: « Quelle direction prendre si je veux parvenir là-haut? «  Mais la réponse ne le décide pas à commencer  l’ascension. Il questionne ainsi plus de trente voyageurs qui lui décrivent leurs expériences. 

Notre homme se dit alors: « Ils m’ont tout dit, je sais tout de cette montagne et du panorama, pas besoin d’aller en haut. »

Ainsi, il a entendu beaucoup sur et peut-être compris beaucoup de la voie, mais il a en fait renoncé à entreprendre le chemin et à gravir lui-même la montagne.Il reste dans l’ignorance.

 Il est toujours possible de se renseigner pour prendre la route, mais il faut se mettre en route. Chacun doit trouver sa voie pour gravir la montagne, et je ne peux vous dire aujourd’hui votre propre voie, quel chemin prendre. Mais il faut voir clair pour pouvoir vous diriger, il ne s’agit pas de croire quoi que ce soit. Il s’agit d’atteindre la claire vision.

Si vous vous mettez en route, vous rencontrerez des obstacles. Cinq états mentaux  empêchent la claire vision.

1. Le désir venant des cinq sens: le toucher, l’odorat, l’ouïe, la vue, le goût. Il vient au moment où l’on fait attention à quelque chose qui donne une émotion positive. Vous voyez un beau restaurant en plein air et vous voulez y entrer, cela sent bon, vous entendez une bonne musique, il y a des gens qui vous semblent sympathiques, les plats ont l’air délicieux. Si la tentation vous retient, vous entrez, et si tout se passe bien, vous aurez envie de rester et vous ne quitterez pas la salle, et pourquoi d’ailleurs la quitter? Alors, la tentation va tourner au besoin, à la nécessité et peut-être à l’habitude ou jusqu’à l’obsession.

2. Lorsque les sens nous donnent une émotion négative, celle-ci provoque un état mental négatif, de mauvaise volonté (ill will), qui se traduit par la réticence, le déplaisir, la contrariété, l’aversion, le rejet. Il pleut sur la route et vous n’aimez pas la pluie, la pluie rend le chemin boueux et vous n’aimez pas marcher dans la boue…Si l’on n’apprend pas à supporter le déplaisir, la contrariété, on ne peut continuer sur la voie de notre transformation. On s’arrête. 

Ainsi, la soumission aux impulsions nées des sensations, négatives ou positives, empêche d’atteindre la claire vision. 

3. Suivre la voie est un combat qui peut, d’autre part, engendrer une torpeur, une fatigue, un découragement qui se traduisent par un manque d’énergie, qui peut aller jusqu’à la dépression: on se sent comme emprisonné, l’effort devient impossible. Il faut sortir de ce moi replié sur lui-même, qui n’a plus envie de rien, atteint de la maladie spirituelle bien connue: l’acédie.  Le découragement résulte d’un excès de tension, il faut réajuster l’effort.

4. Un Esprit agité (restless mind). L’esprit ne peut se calmer, il est incapable de se fixer, il se soucie toujours du futur ou du passé.. Cette agitation irraisonnée nourrit les peurs innombrables du psychisme. Le monde moderne favorise constamment cet obstacle.

5. Scepticisme et Doute. On perd confiance, on ne jette plus dans la lutte sans esprit de retour, ou on se perd dans les idées ( cf. Les multiples témoignages des voyageurs ci-dessus), cela génère l’indécision : que faire? On devient déconnecté du but qu’on s’est fixé. Alors on s’arrête.

Que faire alors avec ces 5 obstacles? Agir soit pour les enlever, soit pour les éviter soit pour en triompher.Utiliser des techniques. La méthode par les 4 moyens vise à une non identification de soi à ces états mentaux.

1 ) reconnaitre l’état d’esprit dans lequel vous vous trouvez ; 

2 ) apprendre à accepter  la situation, l’autre  personne, comme elles sont à ce moment, ainsi que vous-mêmes.

3)  Rechercher les causes : pourquoi ce vécu de cette situation et quelles conséquences?

4)  Repousser l’identification aux mouvements des attitudes corporelles, des émotions, des représentations mentales: ces trois aspects de moi ne sont qu’éphémères (autant de « moi » superficiels).

Chacune de nos vies est si unique qu’il faut trouver son propre chemin et non partir sur le chemin d’un autre .

Apprenez et choisissez. Si vous voulez faire l’ascension de cette montagne vers la clarté, je serai ravi de vous rencontrer  en haut.

COVID-19

VISITE DE COD-19 CHEZ TARTEMPION (reportage JF)

Salut, je viens chez toi!

   Ah, oui?

Je me présente, je m’appelle Covid-19

   Ah, oui? Je ne t’attendais pas en cet avril 2020, bien que j’ai entendu parler de toi, là-bas, loin de chez moi en Belgique.

N’aie pas peur,  rien ne se verra!

    C’est bien beau, mais dis-m’en un peu plus.

Tu vas toussoter,mais pas de souci, ton immunité est bonne.

   C’est encore sympa de m’avoir prévenu. Mais tu n’avertis pas tout le monde?

Non il vaut mieux pour moi rester discret, car beaucoup me traquent.

   Mais tu en profites pour passer incognito de l’un à l’autre?

Je veux grandir et me multiplier, je suis vivant comme toi! Mais je ne peux vivre seul.

   Tu es bien gentil, mais en attendant, si tout le monde te reçoit comme ça, les moins bien immunisés vont avoir de très sérieux  ennuis.

 C’est vrai.

   Et une partie devra rejoindre un hôpital.

 C’est vrai.

   Et une partie de cette partie aura besoin de soins très sérieux. Et ça va se bousculer au portillon!

Oui tu as raison

   Et si les hôpitaux sont débordés, ça va mourir plus. Les soignants vont être complètement écoeurés et désespérés.

Oui, tu as raison. Eh bien, transmets ce message de ma part: restez absolument chez vous sans contacter quiconque, reposez-vous des burn-out: j’accepte de me multiplier moins.

   Merci, mais, au fait, ça dépend de nous?

Oui.

prix du pétrole!

Quelle est cette Joie qui me saisit, irraisonnée et authentique, lorsqu’on m’apprend que le pétrole s’est vendu hier aux Etats-Unis pour un instant à moins de zéro dollar? Joie qui me renvoie aussitôt, par des reconstructions infiniment véloces, à ce sentiment si fort éprouvé il y a si longtemps au balcon d’un petit Guest house près de Mahabalipuram, d’où je regardais les innombrables enfants nus et bruns, luisants, jouer avec enthousiasme sous des trombes d’eau inimaginables pour un habitant des pays tempérés, que déversait sur eux une mousson qui vidait le ciel noir, parsemé d’éclairs en série illuminant les montagnes à l’horizon. Une Joie profonde m’avait saisi, car j’éprouvais alors, sans souffrance aucune, notre insignifiance au sein d’ éléments si puissants et grandioses. Une Joie libératrice de tout souci d’exister, la démesure nous mettant dans les mains d’une Toute-Puissance fatale.

Mais aujourd’hui, cette joie est différente, elle n’est pas pure. S’agit-il de l’écroulement de l’idole, aux pieds de laquelle nous nous serions prosternés, et qui nous a tant apporté, du vertige fascinant de la catastrophe, de l’aurore d’un suicide, ou de l’amour de la chute, qui m’auraient une fraction de temps séduit?  Mais la joie demeure…pressentiment, révélation, que la Vie va nous faire danser un nouveau pas.