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Essais

DANGER POUR L’ESPECE HUMAINE ?

L’espèce humaine va-t-elle disparaître ?

Cette inquiétude, qui est proche d’une angoisse si l’on prend l’intitulé tel quel, doit selon nous être prise plus comme une alerte intuitive que comme une certitude statistique, alerte qu’il faut cependant prendre complètement au sérieux.

Peut-on différencier l’analyse ?

1) l’explosion du savoir

Il faut d’abord constater un phénomène majeur. Depuis 1900, et plus encore 1980, se manifeste une extraordinaire explosion du savoir humain. Il y a eu les machines aidant la force des bras. Puis les machines accélérant le déplacement. Puis les machines multipliant l’efficacité du cerveau humain. Le savoir humain permet maintenant de créer un deuxième univers, celui qui relie les pensées de milliards d’individus. Enfin, notre société est la première à donner à des centaines de milliers de chercheurs la possibilité de vivre de ce métier et ce dans tous les domaines. Ceci garantit que le savoir va continuer à exploser tous azimuts. C’est le phénomène actuel le plus nouveau et le plus générateur d’une évolution accélérée : il y a désormais une couche terrestre d’ esprits reliés et innovants ; et le nombre de ces esprits va croître encore.

2) l’explosion des différences

Le mode de vie actuel dans les sociétés riches est un triomphe, sur le plan de la santé, des loisirs possibles, de la diversité des métiers possibles. Des millions de gens écoutent Mozart, enterré il y a deux siècles dans une fosse commune, en roulant en voiture ou en volant dans les airs. Et l’on juge maintenant, ce qui est historiquement nouveau, que tous devraient avoir un minimum de richesse matérielle.

On peut remarquer que ce niveau de vie est exagéré, et aussi qu’en cas de crise, la marge pour redescendre vers un mode de vie plus spbre est très grande : loisirs locaux et non mondiaux, alimentation locale et non mondiale etc.

Mais le constat le plus évident est que l’humanité est divisée entre des sociétés qui continuent à courir de plus en plus vite et d’autres qui demeurent en berne complète, vivant durement dans la pauvreté matérielle. Ce problème humain est énorme. Il a à voir avec la capacité des humains de venir au secours de l‘autre, mais aussi de l’abandonner complètement.

La question se démultiplie et se complique dans le sens où d’une part les sociétés riches matériellement connaissent des populations pauvres (en niveau absolu et pas seulement en niveau  relatif dans ces sociétés), et où d’autre part, une vie sobre mais saine est parfaitement atteignable dans les pays pauvres.

3) la planète abimée.

J’en viens (en troisième lieu seulement) au sujet précis : nous abîmons la planète de manière telle que les catastrophes naturelles vont se multiplier (réchauffement climatique) et que nous nous empoisonnerons par nos procédés industriels aux effets massifs. Plus précisément, la vie survivra sur la planète et s’adaptera, mais pas nous.

J’avoue que je suis autant préoccupé, sinon plus par le fait que nous sommes à l’aube de manipulation génétique sur l’être humain, qui me paraît plus grave que la destruction de l’environnement, contre laquelle il y a déjà eu des succès, par exemple la reformation de la couche d’ozone grâce à l’interdiction des chlorofluorocarbures depuis 1994. Mais je reviens au sujet.

Il ne faut certes pas ridiculiser cette angoisse, car elle repose sur des faits réels. Et les passions guident nos intelligences, et non l’inverse : l’angoisse peut toucher le vrai et nous mettre en mouvement. Toutefois, il faut, je crois, prendre une optique de temps long. Dans le temps long, l’évolution est permanente et défie nos prévisions ou illustre notre ignorance et notre précipitation.Le DDT a tué les moustiques, puis il devient un poison pour l’homme. L’électricité nucléaire est ultra abondante, mais la radioactivité tue. L’amiante est une merveille contre le feu, mais il faut maintenant désamianter les bâtiments, car elle est hautement cancérigène. Le glyphosate est très efficace, mais il reste dans les plantes.  Etc

Si l’on considère la présente explosion du savoir, on peut espérer sérieusement que le potentiel pour contrer notre disparition existera. Le vrai problème est alors: attendrons nous d’être dans la mouise pour agir ? Malgré notre nouvelle intelligence collective, je crois malheureusement que oui. A preuve la persistance des guerres entre Etats et des guerres civiles entre groupes humains, qui démontrent notre profonde stupidité, mais qui semble liée au dynamisme de la vie… Nous risquons bien de nous dire, face au réchauffement et dérèglement climatique : les primes d’assurance augmenteront et basta.

4) Mais il faut dire que, sans nourrir une angoisse totale sur ce sujet, il est urgent d’agir à la fois localement car c’est nécessaire à la prise de conscience d’un plus grand nombre, et surtout mondialement pouir faire évoluer le mécanisme économique. Il faut voir qu’il s’agira bel et bien de changer de mode de vie matériel et notre mentalité. Sur ce point, la grande force de l’humanité est qu’elle se renouvelle par la naissance (grâce à la mortalité). Car l’attachement des vivants aux biens acquis, lié à la légitimité d’un confort de vie minimal, rendent très difficile de déterminer où se situe le niveau de vie sobre, légitime et acceptable.

Il y  a quelqu’un qui résume bien le problème à mon avis : Kate Raworth « Doughnut economics », traduit en français  et sûrement en allemand. L’idée est simple : le nouveau modèle, la nouvelle mentalité économique nécessaire est symbolisée par l’image du beignet (ou du rond d’ananas).

 La limite extérieure de la rondelle représente le prélèvement sur les ressources planétaires : il faut qu’elle arrête de grandir. La limite intérieure de la rondelle (laissant un trou à l’intérieur) représente les milliards d’humains qui restent pauvres : elle doit être comblée. Cette économiste, à mon avis, lie parfaitement les deux objectifs : arrêter le pillage des ressources ; faire monter dans le train d’un minimum de niveau de vie matériel tout le monde. Le 2ième objectif est aussi important que le premier. Tel est le modèe qui devrait nous guider au XXIème siècle.

Lillois, 11/11/2019

Notre Dame de Paris: l’incendie

Incendie de Notre –Dame de Paris

Il faut s’attarder un peu sur cet événement de l’incendie de la cathédrale de Notre–Dame de Paris.

Il est quand même prodigieux, au sens d’un prodige à raconter et même à célébrer, que l’humanité soit maintenant en mesure d’éprouver par millions et centaines de millions d’individus, une émotion commune, suscitée par le même objet et ressentie de manière instantanée et simultanée sur tous les continents. 

L’humanité a donc, par l’intelligence qui lui a été confiée, su se montrer co-créatrice, et cela grâce à des perfectionnements faits, notons-le, aussi bien dans la paix que dans la guerre.

Constatons donc, pour ne pas nous y habituer, cette communication planétaire désormais, que nous semblons déjà considérer comme ordinaire, et qui l’est bien devenue !

Elle nous fait penser à la noosphère, concept de Teilhard de Chardin, qui la définissait comme une couche de conscience supplémentaire ajoutée par l’humanité aux différentes couches qui forment la planète, à commencer par la lithosphère en son centre, et qui donnent la possibilité de la vie à sa surface grâce à l’atmosphère et jusqu’à la stratosphère. De plus, le fait que le support de cette noosphère n’ait été mis en oeuvre que par une connaissance approfondie de la matière, surtout depuis le XXème siècle, n’aurait pu que le réjouir, lui qui voyait le cosmos animé d’une énergie immatérielle logée au coeur même de la matière, longtemps avant la découverte de la plénitude énergétique du vide par la théorie quantique.

Pourquoi cette émotion mondiale ?

Il est nécessaire ici de recourir aux travaux de Carl Jung, dont on espère ne pas trahir la pensée formidable et foisonnante en retenant quelques points qui nous semblent en l’occurrence pertinents.

C. Jung considérait, par son expérience de psychanalyste, que les faits psychiques sont aussi réels, et bien sûr d’un autre ordre, que les réalités physiques. De plus, dans ses recherches sur d’autres civilisations, sur le chamanisme notamment, il a mis au jour, entre autres, que le soi, le soi-même, le moi, le je, conscients, s’appuyaient (et devaient répondre, mais c’est un autre sujet) sur un Soi dans lequel pouvaient être identifiés des symboles fondamentaux, appelés archétypes. Ces archétypes, et il en a repéré plusieurs identiques dans diverses civilisations, étaient pour lui clairement universels.

La lumière, les ténèbres, l’éclair, la foudre, l’arc-en-ciel, l’horizon, la roue, certains animaux, et … la croix constituent de tels symboles. Ainsi, la roue peut symboliser la marche du temps, la croix symboliser l’aspiration humaine à l’infini en sa verticalité, et l’aspiration à la fraternité par son horizontalité. Il faut bien saisir qu’il ne s’agit pas d’élucubrations hasardeuses, mais d’une tentative d’approche de la vie intérieure de l’humain et de l’élaboration d’outils destinés à connaître l’inconscient. Cette approche vise à mieux vivre, en utilisant ce savoir pour reconnaître les aspirations de sa propre âme particulière non isolée des autres consciences de l’humanité.

Après un moment, la charpente du toit de la cathédrale, vue de surplomb, était celle d’une croix en feu, couchée à l’horizontale.

La destruction physique par le feu est toujours impressionnante, car au-delà d’une certaine température et, pour peu qu’activé par le vent, le feu devient absolument vorace et semble animé d’une énergie insaisissable (ce qui est physiquement bien le cas !). Mais, dans ce feu et sous cette forme cruciale, a été appelée au profond  de tous l’image symbolique inconsciente de la Croix. C’est cette image qui a touché et provoqué l’émotion de millions de personnes. Car elle réveillait en leur inconscient et affleurant à la conscience deux choses que porte ce symbole qui était la proie des flammes et en disparition visible : dans la dimension verticale, la stupéfaction devant le transcendant; dans la dimension horizontale, l’espérance fragile d’une fraternité illimitée. De plus, le feu lui-même, dans d’innombrables cérémonies et rites, est le symbole d’une destruction purificatrice. Qu’on pense aux crémations de l’hindouisme. On peut dire ainsi qu’une puissance symbolique nous a saisi, dans ces instants qui duraient et qui nous donnaient le sentiment confus d’une sorte d’impuissance, avec la force irrésistible d’un acte du destin. Il faut saisir ce moment rare et unique de ce qui fut une sorte de communion des inconscients.

Certes, des projections de l’ordre de l’avertissement, ou de l’ordre d’un rappel à la loi de la vie, y seront inévitablement et légitimement ajoutées, orientant la mémoire de l’événement par des désirs et des langages l’encadrant dans un peu de raisonnable. Où apparaît aussi, très puissante, cette projection et interprétation : ce symbole est activé au moment de la semaine sainte pour les chrétiens commémorant la Passion du Christ, qui culmine à la croix, signe tangible d’un amour inconditionnel ; et des photos ultérieures montreront la Croix dorée, brillante et intacte en son emplacement dans le chœur sur fond de murs noircis, malgré l’effondrement partiel de la voute.

Ce que cette émotion manifeste.

Pour la vie réelle de l’humanité, c’est à dire la vie intérieure de ses membres, c’est le phénomène en tant que tel, à la fois totalement collectif et profondément personnel, de cette vie symbolique partagée de la Croix enflammée, qui reste le véritable évènement, plus que la destruction physique de la charpente. De plus, (nous référant maintenant à l’œuvre de Michel Henry, dont nous reprenons des vocables en précisant qu’il ne s’agit pas de psychologie), il s’est agi d’un événement de la Vie. En effet, nous l’avons subi et il s’imposait à nous, préalablement à toute pensée discursive, comme la Vie, fondamentalement, nous affecte. Notre “corps subjectif” personnel s’est agrandi et, corollairement et non séparement ou autrement, le corps subjectif collectif de l’humanité a vibré.

On peut donc dire que cette émotion collective a manifesté une pulsation commune des membres de l’humanité mondiale qui nait actuellement et qu’il s’est agi, non pas d’un phénomène anecdotique, mais d’un phénomène constituant de humanité dans chacune de nos vies.

POPULISMES

POPULISMES, POPULISTES

1. Il y a en 2018/19 une montée bien établie des « populismes » dans le monde des démocraties pluralistes. L’élection de Trump aux USA, l’élection de Bolsonaro, au Brésil, la poussée de Salvini en Italie en témoignent, ainsi que la 2ème place à la présidentielle française 2017 de Marine Le Pen.

2. Le populisme, le populiste, qu’entend-on par là ?

Populisme : « Attitude politique consistant à se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes, de sa défense contre les divers torts qui lui sont faits. » (Petit Larousse, 2003).

Dans cette attitude, le populiste flatte les passions et va toujours raccourcir et simplifier au maximum les arguments, s’il s’en soucie encore. Il s’adresse à et parle au nom du peuple et toujours de la partie de ce peuple qui est oppressée et souffre, laquelle représente par postulat le vrai et seul peuple.

Le populiste s’adresse donc au groupe toujours renouvelé des « perdants » d’une société, victimes véritables d’injustices réelles, mais aussi des mécontents de toute nature, et il est capable de fédérer ces révoltes et de s’appuyer sur elles. Il sait faire preuve de démagogie, le vice possible de la démocratie.

L’épithète de « populiste » est devenu dans la bouche de ceux qui veulent défendre la démocratie, sinon une insulte, du moins un terme négatif, connoté de catastrophisme et souvent de faillite morale. Mais peut-on s’arrêter là ? Suffit-il de cataloguer et de mépriser le populiste ?

3. Plaçons-nous du côté des votants « populistes ».

Si l’on considère que le peuple souffrant est celui qui ne fait pas partie de la classe moyenne car ses revenus se situe sous le minimum vital reconnu, il est quantitativement minoritaire dans les pays « développés ». Mais cette approximation qui veut objectiver le débat, tombe à plat. D’abord parce que ceux qui sont de fait exclus des systèmes d’assistance ou réduits à eux-mêmes pour survivre dans leur vie quotidienne n’ont pas la volonté de batailler pour améliorer leur sort. Ensuite parce que, dans une société mobile, la souffrance vient aussi des échecs subis dans la course à la compétence, dans la course à la consommation, elle est alimentée par des coups portés par des décisions de licenciement, ou par des refus d’emplois qui deviennent autant de coups du sort irrésistibles. Actuellement, on recherche et on valorise la spécialisation compétente tandis que beaucoup dans le même temps subissent ou craignent un déclassement. Enfin, les éclatements des structures familiales sont souvent à l’origine de fragilisations économiques individuelles, particulièrement pour les femmes élevant seules leurs enfants.

Or, ces souffrances multiples sont ressenties de manière plus intenses dans nos sociétés où des filets de solidarité existent ( régime de retraite par répartition, salaire minimum, sécurité sociale collective autre qu’un système d’assurance privée) que dans les sociétés anciennes immobiles et de type statutaire.

A la clarté d’une place sociale définie, fut-elle en bas de l’échelle, dont on n’est pas directement responsable, le principe de la liberté individuelle dans nos sociétés, qui affranchit certes  de cette pesanteur sociale, rend chacun responsable de son histoire, de ses succès et de ses échecs, et ce alors même que cette histoire demeure largement conditionnée par les environnements sociaux multiples qui on parfois le poids d’un destin. Ce dynamisme social comporte une partie anxiogène pour celui ou celle qui ne « réussit » pas.

Autre élément plus particulier : le sentiment se diffuse que la complexité du monde moderne est utilisée par ceux qui la maîtrise (plus ou moins) pour rouler dans la farine ceux qui la subissent. Il y a là une pulsion de révolte prête à se jeter dans les bras du plus offrant, du plus démagogique.

(J’ai écrit cela juste avant le déclenchement du mouvement des « gilets jaunes » en France, comme quoi ça flottait dans l’air !).

4. Pour comprendre l’apparition d’un mouvement populiste dans nos sociétés, il faut certainement privilégier d’abord le rapport avec la situation économique. Par exemple, on ne peut ignorer, parmi les causes de la montée du national-socialisme en Allemagne au XXème siècle, les données de l’histoire financière : les deux inflations totales de 1923 et de 1929 ont par deux fois complètement ruiné des millions d’épargnants et ce dans une société qui valorisait l’épargne et le travail. Ces désastres suffisent à expliquer l’affolement d’une population et sa séduction par un homme passionné que beaucoup ont accepté in fine comme guide et sauveur (après avoir résisté longtemps, ce que l’histoire généralement admise a un peu effacé). La majorité de la population, par lassitude et par peur, a fini par répondre à son appel ressenti comme salvateur.

Mais des éléments plus directement psychiques jouent aussi : pour en rester au même exemple, le sentiment d’humiliation ressenti collectivement après la défaite de 1918 a créé en profondeur un ressentiment profond dans toute  la population, générateur d’une possibilité de guerre vengeresse et par conséquent de l’acceptation de la politique de réarmement.

Dans notre actualité européenne, la permanence du chômage depuis la fin des « trente glorieuses » de1945 à 1975, mine la confiance en l’avenir surtout dans les classes sociales les moins qualifiées. A cela s’ajoute l’évolution vers la précarité de l’emploi, mal justifiée par l’impératif sans cesse ressassé de la compétitivité. Il s’instaure une « société à deux vitesses », l’argent et la sécurité pour les uns, la tension et l’incertitude pour les autres, ces derniers éléments étant renforcés par le fait que le niveau de vie minimal s’est élevé mais que les dépenses « obligatoires » (nourriture et logement auxquels s’ajoutent désormais la mobilité et la connectivité)  augmentent sans que le revenu fasse nécessairement de même.

5. Quand s’en remet-on au leader populiste ?

La montée des « populismes » apparaît lorsque ceux « d’en bas » perdent confiance dans les gouvernants et les décideurs et aspire à virer ceux « d’en haut » sans même d’ailleurs espérer vraiment ou être sûr que la situation s’améliorera pour eux, mais en une sorte d’acte punitif : c’est le «  tous pourris » rejetant en bloc le personnel politique.

Dans un démocratie pluraliste, les citoyens élisent des gouvernants et les remplacent (deux acquis essentiels !) via un système de délégation de pouvoir à des représentants. Or un tel système suppose une confiance minimale entre l’électeur et l’élu. Disons brièvement que cette confiance est entamée depuis plusieurs années dans nos pays, dont ceux cités en introduction. En cause de nombreux facteurs, dont un nous parait majeur : l’accroissement vertigineux de la complexité de la gestion sociale pour les gouvernants les réduit à la gestion économico-financière. et en conséquence à l’incompréhension et l’insatisfaction perpétuellement renouvelées  et successives de différents groupes de  gouvernés.

Cette situation est maintenant aggravée dans des proportions alarmantes par la connectivité et l’instantanéité des informations qu’elle permet, ainsi que par leur découpage et leur émiettement qui produisent une confusion générale. Le métier de l’homme politique est devenu impossible dans sa fonction dite tribunicienne, celle du contact avec les gouvernés et de leur mobilisation sur les grands choix politiques. Alors qu’il lui revient de mobiliser par la parole les citoyens, pour les entrainer et exercer la nécessaire fonction de leader responsable, chacun de ses propos est diffusé hors contexte, il est ridiculisé et moqué en permanence, et pour finir dévalué.

Ainsi se renforce la montée du populisme : lien de confiance gouvernants-gouvernés rompu ; accusation de corruption de tout  pouvoir ; perte individuelle de repères ; soif de sortir de l’impuissance face à sa propre situation ; besoin éperdu d’un lien collectif. Alors ce produit le basculement vers le sauveur populiste.

6. Nous voudrions évoquer, sinon étudier, l’angle particulier des rapports entre l’individu et la foule.

Le sociologue David Riesman intitulait sa recherche «  La foule solitaire » (1964) et marquait alors que dans les grandes conurbations qui se multipliaient sur la planète, l’individu se trouvait de plus en plus  partagé entre différents cercles de proximité, (habitation, profession, loisirs) et que cet élargissement se traduisait par une sorte d’atomisation de chacun, courant comme un électron qui passerait d’un atome à l’autre. Il notait que les moyens de communication court-circuitait les relations intermédiaires, tous étant reliés par la télévision, mais chacun isolément. David Riesman soulignait aussi que cet individualisme des agents sociaux ne supprimait en rien la grégarité des passions sociales.

Cette combinaison d’un individu à la fois isolé et grégaire favorise les phénomènes de foules propres à l’adhésion à un leader/sauver de type populiste. Rappelons que la démocratie suppose  un homme raisonnable : le citoyen, sujet, qui pense et choisit. Dans son vice, la démagogie, et en période de populisme, le sujet, c’est la foule et non le citoyen.

Autre angle de vue, Erich Fromm a bien souligné dans son œuvre «  Fear of freedom » d’ailleurs contemporaine des totalitarismes national-socialiste et soviétique, que l’on peut vouloir échapper à la liberté personnelle, car cette liberté magnifique qui nous est offerte  peut être vécue comme insupportable. Cette vie, dont nous supportons la responsabilité, n’est plus maitrisable, ni désirable, ni désirée. Il en résulte en retour un besoin éperdu de lien social pour refonder la solidité de la personne. Ce besoin trouve à se satisfaire dans des mouvements de foules infiniment mieux réunis par des slogans passionnels que les individus par des arguments.

Il est des situations où chacun se persuade que l’accumulation des divisions, des illusions, des ambitions, des idéaux aboutissent à l’impuissance et  rendent nécessaire de se confier collectivement à un homme providentiel qui sera capable de concentrer en lui cette énergie diffuse et erratiaue.

7. Comment s’y prend le chef populiste ?

Il ne doit parler que de manière destructive et reprendre mot pour mot les haines et les jalousies, les colères et les emportements. Toute révolte est bonne à exploiter. Il doit ensuite les fédérer. Comme elles sont contradictoires et multiples, il doit se concentrer sur la destruction et non sur la construction de solutions. D’un grand secours lui est alors le mécanisme du bouc-émissaire, mécanisme inscrit dans notre psyché individuelle et collective depuis la nuit des temps. Ce bouc-émissaire est paré d’une puissance qui fait peur (c’est le banquier et l’argent,  l’immigré et l’envahissement, le musulman violent, le juif puissant, les médias etc), il sera simplifié, généralisé, dépersonnalisé mais inscrit dans un archétype inconscient : l’exploiteur, l’impie, l’envahisseur.

La source du malheur est ainsi repérée et désignée à la vindicte (toujours dite populaire  …).

Le populiste doit être animé d’une passion véritable et croire à ses propres divagations, car seule un extrémisme passionnel peut faire passer son message. Et celui-ci est reçu parce que les foules ne veulent qu’entendre cela et rien d’autre : du brut, du simple, et donc du vrai !

Cependant, le chef populiste doit aussi se référer à un idéal, pour aller de l’avant, donner au peuple un but à atteindre, l’enthousiasmer ce qui permettra et justifiera les sacrifices indispensables au redressement de la situation : l’honneur de la nation, la libération de la classe sociale exploitée, la puissance militaire au milieu des nations ou des peuples….

Cet orage maléfique déclenché charismatiquement porte en lui la guerre comme sa nuée. La solution du chômage et de la misère par les massacres, la solution de l’avidité pour les fabricants d’armes, et la solution de toutes frustrations par la violence.

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8. En 2019, en Europe, la montée des populismes penche vers la destruction de l’effort institutionnel créé à l’issue de la deuxième guerre mondiale. Les bénéfices de l’Union Européenne sont complètement sous-estimés, ou simplement ignorés.

Observons que l’U.E. est fondamentalement une incarnation de cet « agir communicationnel » (Jürgen Habermas) dont le principe est l’argumentation entre égaux, où les puissants, non contents de participer aux discussions au lieu de s’imposer de force,  admettent l’arbitrage de la Raison. Rêve ? Oui et nécessaire ! Voici la diplomatie, le multilatéralisme, des règles communes. Le populisme vote contre ! Rien d’étonnant que cette Europe soit haïe par les démagogues et partisans des simplications destructrices et soi-disant libératoires.

L’évolution récente introduit des données profondément nouvelles et différentes. J’ai évoqué l’instantanéité des nouvelles. Il faut y ajouter la mémorisation intégrale par les serveurs de toutes les données, jointe aux procédés de captation de ces données : de la caméra cachée aux innombrables prises de vues avec les ordiphones (gsm ou portable). Ce samedi 18 mai 2019, un ministre autrichien démissionne car un vidéo de juin 2017 vient d’être publiée, le montrant trahissant son pays, lui, hyper nationaliste d’extrême-droite. De procès on parlera peut-être plus tard, le scandale public a déjà sanctionné l’auteur des faits.

9. Enfin, évoquons l’élément de paresse, très répandu dans les médias rapides, qui consiste à maudire le populiste non à raison de ce qui est dit ou rapporté mais à cause des conséquences prévisibles de ces propos. En effet, la question est de savoir pourquoi le populiste a du succès, lui qui dit ce que beaucoup pensent tout bas.

En Europe actuellement, il y a une crainte de l’avenir et de la compétition, il y a des perdants de la mondialisation. Après tout, après des dizaines d’années de course à marche forcée, cette protestation profonde que reprend et utilise le populiste a quelque chose de juste : le monde moderne pourrait-il aller un peu moins vite ? La mesure par l’argent va-t-elle enfin diminuer sa pression ? La vie humaine doit-elle être asservie à la gestion économique et de plus en plus financière ? Si le populiste reprend ces justes cris de révolte, il ne faut pas lui en laisser l’exclusivité.

TERRITOIRES

TERRITOIRE du vivant et TRANSFORMATION personnelle.

 I. Nous commençons toujours la pratique[1] à l’heure, cela fait partie de la discipline et de l’engagement nécessaire pour persévérer. Et chacun et chacune retrouve la place que l’habitude lui a donnée.

C’est une simple constatation de la vie ordinaire, un phénomène assez fréquent et universel pour être relevé, auquel son caractère largement inconscient donne une grande signification : l’appropriation de l’espace nous donne une sécurité qui semble une condition nécessaire pour se sentir bien.

Enfant, mon grand-père m’emmène à un défilé militaire. J’admire ce déploiement ordonné qui dégage une impression de force à laquelle je suis sensible. Tout est fixé par avance, la place dans le rang comme le rythme de l’allure. Les soldats se fondent dans un quelque chose de plus grand que soi, un collectif qui les prend en charge et qui, en effaçant toute peur individuelle, les augmente tous ensemble dans l’ordre de la puissance.

Evidement, notre vie ne peut se développer que dans un milieu. Nous avons besoin pour vivre d’un espace-temps, c’est-à-dire d’un territoire et d’une durée. Ce besoin ne résulte pas d’un choix, il n’est presque pas gouvernable, mais constitue une donnée de départ, condition transcendante de notre existence.

On pourrait dire que ce besoin est celui de notre corps, et qu’il montre notre nature animale. Cependant, il ne s’agit pas seulement du milieu où se déplace le corps biologique et psychique visible, mais aussi du milieu où apparaissent et se meuvent nos pensées et nos sentiments. De même que nous contemplons l’horizon de l’océan ou les dentelures des sommets escarpés, de même nous sommes séduits par des paysages imaginaires, nous sommes pris par des passions, intellectuelles, relationnelles, qu’il s’agisse d’idées pures ou de sentiments. Dans le monde de la pensée, Il y a en effet des cheminements de la mémoire comme il y a des suites de raisonnements, des constructions et des récits qui sont autant d’espaces parcourus dans une durée. Dans le monde des sentiments, point n’est besoin d’insister sur la dialectique inéluctable du mouvement et de la durée, sur la mouvance permanente et la valeur d’une construction stable.

Prenant le train en milieu de journée, je choisis une place qui me plaît dans la rame aux trois-quarts vide. A l’arrêt suivant, je vois un chat noir et blanc qui se faufile près d’un rail. Que fait-il là ? Il est pour moi incongru à cet endroit, où il risque peut-être sa peau ? Cela me chiffonne et je lui souhaite bonne chance, très confiant d’ailleurs dans sa capacité de mobilité opportune. Cette voie ferrée fait partie de son territoire.

Il est clair que le vivant, qu’il soit sur cette planète végétal immobile et enraciné ou flottant dans les eaux, ou animal essentiellement mobile, ou humain doté de pensée[2], a un besoin vital d’un espace précis où vivre, qu’il a besoin d’une demeure, qu’elle soit géographique ou de pensée ou relationnelle. De même que nous n’avons pu grandir avant la naissance que dans une demeure nourricière et protectrice, nous continuons d’instinct à rechercher une sécurité pour notre vie, que nous savons fragile et, pour tout dire, mortelle. Même l’être le moins craintif, le moins peureux, même le plus brave et le plus audacieux connait ses repères et s’appuie sur eux, dans son monde extérieur comme dans son monde intérieur. Les limites visibles du monde extérieur nous sont offertes, les limites invisibles de notre monde intérieur nous sont à découvrir. Mais il s’agit toujours d’un territoire à l’intérieur duquel nous évoluons, plus ou moins attentifs au monde extérieur, plus ou moins conscient du monde intérieur.

Un groupe de jeunes écoliers s’installe, bruyant, se défoulant de l’attention forcée des heures de classe. « Tiens, nos territoires se chevauchent », me dis-je.

Nos territoires, extérieur et intérieur, s’interpénètrent aussi bien en chacun de nous qu’entre nous et si les corps marquent une limite claire, les âmes sont plus poreuses : chacun est dans son monde intérieur habité par tous ceux et celles qu’il rencontre. Cette inter-pénétration rend la notion de territoire moins compacte et beaucoup plus complexe qu’il n’y paraissait : non seulement nous allons de territoires en territoires dont les frontières sont variables, mais nous vivons dans un grand ensemble composé de territoires différents et partagés. Chaque territoire que nous identifions est composé de portions d’autres ensembles.

Malgré cette complexité, nous pouvons en garder la notion et introduire un nouveau point. Parce que notre territoire complexe et comporte néanmoins des limites, on ne peut l’habiter sans qu’apparaisse simultanément une distance par rapport aux autres territoires et un contact frontalier avec eux. Cette mise à distance nous protège, mais elle implique nécessairement en contrepartie la peur de sa perte. Cette peur génère le besoin de sécuriser l’espace de manière pérenne ; cette sécurisation génère les rivalités, les défiances et les conflits.

Nos territoires doivent en effet être maintenus, préservés afin de durer, ce qui est bien naturel pour s’inscrire dans le temps. Mais nous voudrions qu’ils durent en l’état, et c’est là, exactement là, que le bât blesse, car un tel désir est illusoire du fait que la Vie est mouvement permanent, aux niveaux biologique, psychique et spirituel[3]. A ces trois niveaux, nos territoires sont donc constamment remis en cause et érodés et nous cédons immédiatement au besoin de préservation. Pour assurer cette stabilité ou cette immobilité dans la durée, nous passons alors très souvent de la défense de notre territoire à la domination ou au moins à un contrôle des autres territoires. On peut certainement dire, même si l’analyse reste partielle, que la paix entre nos territoires, dans les espaces-temps physiques, psychiques et spirituels, résulte de conventions de non-agression qui supposent un équilibre des forces de leurs possesseurs entre eux.

Faut-il alors construire une « ligne Maginot [4]« ? Ou faut-il opter pour une stratégie de mouvement ? Faut-il préserver ou recréer, s’arrêter ou évoluer, s’immobiliser ou se transformer ?

Si la proposition : «  la vie est mouvement «  est correcte, la réponse unique à ces questions est déjà contenue en elle. Il faut choisir le mouvement et la transformation pour rester en vie.

Mais qu’est-ce à dire ?

  1. II. C’est à vrai dire dans les dernières secondes d’un cours de Tai Ji où j’avais constaté cette permanence des places des élèves, que le jeu de mes neurones avait associé soudainement à ce constat cette référence : «  Le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête » (Mt. 8. 19-22). Un sens nouveau et simple m’apparaissait et je devais le noter : le Fils de l’homme n’a plus besoin de territoire.

L’expression « Fils de l’homme » peut être comprise comme se référant à une humanité achevée, au sens non d’une destruction, mais d’un accomplissement de sa vocation la plus profonde, à la fois immédiatement réalisable et terriblement lointaine, qui est de vivre dans la paix. Le Fils de l’homme, c’est la figure et la promesse d’une réalisation de la plénitude de l‘humain vivant. Et l’on précise : cette plénitude est celle d’un être vivant collectivement en paix, dans le « Royaume des cieux ».

Pour que l’humanité entre, dans le temps de son histoire, dans ce Royaume de paix, ou tout au moins se dirige vers lui, réponde à son appel, il nous faut transformer ce besoin de territoire, cette angoisse de la sécurité et ce goût pour la domination. Ne pas reposer nos têtes nous met en condition d’accepter un renoncement à la domination et au contrôle. Il s’agit de la transformation spirituelle permanente d’un donné psycho-physique toujours là. Attitude d’ouverture modifiant la pesanteur dans laquelle nous sommes construits.

Pour renoncer à la puissance de la domination, il faut accepter notre faiblesse, et même s’appuyer sur elle en y voyant une ressource précieuse pour notre adaptation. C’est très souvent, admettons-le, la perte de l’ancienne frontière qui nous oblige à une ouverture, à l’acceptation de pénétrer dans et de se laisser pénétrer par un nouveau territoire plus large. Mais ce peut être aussi le fruit d’une réflexion, d’une rencontre, d’un engagement.

Cependant, dans cette acceptation de notre faiblesse, disposons-nous de quelques indications pour avancer sur le chemin ?

 

III. Les « Béatitudes » sont le mode d’emploi de notre transformation vers un abandon des territoires.

Au cours du déroulement de l’histoire, nous n’accomplirons le pèlerinage vers une humanité en paix, cette distance inouïe à parcourir, que si nous devenons humbles (pauvres matériellement : nous entraidant ; pauvres en esprit : sans orgueil; pauvres de cœur : sans rejets). C’est l’injonction des « Béatitudes » : « En marche[5] les humbles, les doux, les purs, les miséricordieux, les assoiffés de justice » (Mat. 5, 3-12)[6]. Lorsque nous n’avons plus où reposer notre tête, c’est alors que nous abandonnons nos frontières et devenons humbles. Nous sommes, dans l’ouverture à la Vie[7] qui nous a pris dans ses bras.

Mais les béatitudes continuent en prédisant «  Malheur aux riches ». Malheur, c’est à dire aussi, simplement, « bonheur illusoire », finalement mauvaise heure et non bonne heure, à ceux qui veulent à tout prix conserver leurs territoires par la domination violente ou silencieuse des autres, par l’oubli que toute compétence est un service, par la thésaurisation de biens materiels, par le subtil orgueil spirituel. On voit ici que les deux avertissements des béatitudes, l’un positif, l’autre négatif, sont les deux faces de la même médaille.

Le processus de transformation ainsi orienté par le « Sermon sur la montagne » est en effet le seul moyen d’une ouverture radicale à la Vie. Il ne s’agit pas d’un abandon des territoires fondé sur un « quiétisme » (tout concourt au bien), ni d’un mépris de notre être bio-psychique fondé sur un « jansénisme » (la « chair » impure doit être purifiée), il s’agit du combat spirituel d’une véritable métamorphose pour retrouver le mouvement de la Vie. Ce combat consiste à s’accorder, dans un esprit et des actes de non-possession, avec la nature même de la Vie, qui est le Don premier. Pour nous transformer et ouvrir nos territoires, nous imiterons l’attitude d’humilité de Marie dans sa réponse à l’Ange (Lc, 1,38) : « Qu’il m’advienne, qu’il me soit fait, selon ta parole ». L’efficacité paradoxale de cette simplicité provient de ce qu’elle est en accord total avec le souhait profond de la Vie en nous, de nous voir vivre sans entraves et libres dans le territoire sans limites de la Charité. Souhait profond sans cesse rappelé dans la prière du « Notre Père » : « Que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite ». Et, dans la même prière, conscience du combat qui nous est imparti par la Vie: “Ne nous laisse pas entrer en tentation”.

* * * * *

Les énoncés troublants du Sermon sur la montagne nous apparaissent alors comme les guides d’une vie humaine pleinement réalisée.

Au demeurant, suivre cette orientation de la métamorphose ne mène pas à une vie facile, d’où le conseil de l’apôtre Paul : « Priez sans relâche » (1Th, 5,17).

Mais disposer d’une bonne boussole, c’est déjà beaucoup !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Il s’agit de Tai Ji et Qi Gong, mais le mot est généralisable à toute activité régulière.

[2] Ces répartitions, classiques, sous-entendent néanmoins des frontières poreuses : il semble bien que certains animaux peuvent accéder à un début de conscience de soi.

[3] Nous adhérons au schéma suivant : l’humain est bio-psychique-spirituel. Le biologique, corps que l’on a ; le psychique, chair affective que l’on est ; le spirituel, l’esprit (l’intelligence, la mémoire et la volonté). C’est un tout indissociable, ouvert. Le corps donne le pouvoir-vivre. La chair permet la relation vivante. L’esprit est ouvert à un au-delà des limites.

[4] Ligne de défenses fortifiée construite dans l’est de la France, destinée à prévenir une invasion allemande après la fin de la guerre 1914/1918.

[5] Traduction de E.Chouraqui, que je trouve meilleure que ‘ bienheureux ».

[6] La phrase n’est pas une citation, mais un condensé.

[7] Précision typographique : la vie, vie humaine psycho-physique ; la Vie, vie nommée éternelle, nommée divine.