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COVID-19

VISITE DE COD-19 CHEZ TARTEMPION (reportage JF)

Salut, je viens chez toi!

   Ah, oui?

Je me présente, je m’appelle Covid-19

   Ah, oui? Je ne t’attendais pas en cet avril 2020, bien que j’ai entendu parler de toi, là-bas, loin de chez moi en Belgique.

N’aie pas peur,  rien ne se verra!

    C’est bien beau, mais dis-m’en un peu plus.

Tu vas toussoter,mais pas de souci, ton immunité est bonne.

   C’est encore sympa de m’avoir prévenu. Mais tu n’avertis pas tout le monde?

Non il vaut mieux pour moi rester discret, car beaucoup me traquent.

   Mais tu en profites pour passer incognito de l’un à l’autre?

Je veux grandir et me multiplier, je suis vivant comme toi! Mais je ne peux vivre seul.

   Tu es bien gentil, mais en attendant, si tout le monde te reçoit comme ça, les moins bien immunisés vont avoir de très sérieux  ennuis.

 C’est vrai.

   Et une partie devra rejoindre un hôpital.

 C’est vrai.

   Et une partie de cette partie aura besoin de soins très sérieux. Et ça va se bousculer au portillon!

Oui tu as raison

   Et si les hôpitaux sont débordés, ça va mourir plus. Les soignants vont être complètement écoeurés et désespérés.

Oui, tu as raison. Eh bien, transmets ce message de ma part: restez absolument chez vous sans contacter quiconque, reposez-vous des burn-out: j’accepte de me multiplier moins.

   Merci, mais, au fait, ça dépend de nous?

Oui.

prix du pétrole!

Quelle est cette Joie qui me saisit, irraisonnée et authentique, lorsqu’on m’apprend que le pétrole s’est vendu hier aux Etats-Unis pour un instant à moins de zéro dollar? Joie qui me renvoie aussitôt, par des reconstructions infiniment véloces, à ce sentiment si fort éprouvé il y a si longtemps au balcon d’un petit Guest house près de Mahabalipuram, d’où je regardais les innombrables enfants nus et bruns, luisants, jouer avec enthousiasme sous des trombes d’eau inimaginables pour un habitant des pays tempérés, que déversait sur eux une mousson qui vidait le ciel noir, parsemé d’éclairs en série illuminant les montagnes à l’horizon. Une Joie profonde m’avait saisi, car j’éprouvais alors, sans souffrance aucune, notre insignifiance au sein d’ éléments si puissants et grandioses. Une Joie libératrice de tout souci d’exister, la démesure nous mettant dans les mains d’une Toute-Puissance fatale.

Mais aujourd’hui, cette joie est différente, elle n’est pas pure. S’agit-il de l’écroulement de l’idole, aux pieds de laquelle nous nous serions prosternés, et qui nous a tant apporté, du vertige fascinant de la catastrophe, de l’aurore d’un suicide, ou de l’amour de la chute, qui m’auraient une fraction de temps séduit?  Mais la joie demeure…pressentiment, révélation, que la Vie va nous faire danser un nouveau pas. 

la cabane d’Aratza

La cabane d’Aratza : comme une petite station-service

La cabane d’Aratza est une petite construction destinée à être occupée dans un esprit particulier.

l pourrait s’agir seulement d’un endroit un peu à l’écart et tranquille où l’on viendrait s’isoler (à supposer qu’on y soit seul(e)). On y viendrait pour se détendre, calmer son agitation mentale, pour se sentir mieux et accroître ou retrouver un bien-être. Ce bien-être qui est devenu l’obligation de notre époque, à la mesure et en compensation de l’accroissement de la vitesse du vivre, qui n’est pas sans causer quelques dégâts. La cabane peut servir à cela, et cela n’est pas du tout négligeable, c’est même à souhaiter. Mais ce lieu a aussi une autre ambition, qui se situe dans le prolongement de ce besoin de paix.

J’ai vu et entendu ce matin, 30 septembre 2018, lors de l’émission multi-religieuse de France2 du dimanche matin, deux rabbins expliquer la signification de la « fête des tentes », ou Soukkhot.

La fête des tentes se réfère à la période de 40 ans (chiffre symbolique) que les Hébreux ont passé dans le désert après leur libération de l’oppression du pharaon. Durant cet exode, ils ont vécu sous la tente, c’est à dire sans demeure stable, dans la précarité. Mais ils étaient soutenus par Yawhé, qui leur parlait dans la nuée (dans la bible, la nuée est le lieu où Dieu se manifeste sans être vu). Cette période a été nécessaire pour qu’ils ne soient plus esclaves à l’intérieur d’eux-mêmes, car la libération matérielle ne signifie jamais et ne suffit pas à la libération mentale, laquelle est un long processus. Ils ont appris la liberté (souhaitant d’ailleurs parfois revenir à la sécurité de l’esclavage en Egypte).

La cabane d’Aratza est donc une tente, une soukkhot, un lieu où l’on peut attendre et guetter la nuée, et écouter. Par la prière, ou la méditation, ou le simple silence, aller plus loin que soi-même, chercher une libération, une révélation, un éveil en vue de nous accomplir complètement. Chercher ou simplement espérer, à la suite d’un maître spirituel véritable que vous aurez choisi, ou qui vous aura choisi : point d’ancrage indispensable.

 

 

 

Traverser la vie

Traverser la vie : nous laisser traverser par l’Eternel.

 

Notre existence vogue dans les méandres de l’espace-temps. Qu’est l’espace-temps, sinon l’Eternel ? L’Eternel : ni avant, ni après, ni durant ; ni ici ni ailleurs, ni en-dehors ni au-dedans, ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Ni le lieu où se déroule le temps, ni la durée où se déploie l’espace. L’Eternel s’engendre en espace-temps, c’est à dire en tous temps en tous lieux. Dans le passant de nos vies en l’espace-temps, c’est l’Eternel qui se manifeste à nous toujours présent. Il faut dés lors lui accorder nos vies.

Nous marchons sur le sable de cette longue plage, sous un ciel bleu qui rend la mer verte, pas de vent, il fait doux.

Puisque Tu nous traverses de part en part continument, j’aimerais bien, Eternel, que tu sois le souffle et la lumière toujours offerts.

J’ai vérifié qu’un souffle profond crée un esprit lumineux ; qu’un esprit clair garde un souffle paisible et que les deux réunis rendent l’ouverture du cœur possible.

Nous marchons sur le sable de cette longue plage, dans le ciel de petits nuages blancs se forment.

Puisque Tu nous apparais comme souffle et lumière, j’aimerais bien ceci encore, Eternel : que tu nous sois ami, nous reconnaisse tel que nous sommes et nous soutienne. Car, dans l’élan de nos vies, luttent en nous, la pesanteur liée à la peur et la légèreté de la générosité.

Nous marchons sur le sable de cette longue plage en évitant l’eau de la marée qui monte.

Je vois clairement, Eternel, que je ne puis T’atteindre, Toi, directement. Car si je dis : tu viens d’ailleurs pour nous traverser, je te limite par mon langage encore une fois à l’espace-temps.

Mais je vois aussi que c’est en partageant entre nous le souffle et la lumière que nous Te vivons. Notre vie réelle est de Te faire vivre.

Marchant sur le sable de cette longue plage, sous un ciel bleu qui rend la mer verte, fugitivement je vois le dernier avatar de l’obscurité et de l’asphyxie.

Ceux et celles qui fuient l’Erythrée sont arrêtés dans le désert du Sinaï ou de Lybie par des bandes organisées. Le téléphone sonne chez la famille restée au pays. La famille décroche et entend les cris poussés sous des tortures. La famille s’endette, envoie l’argent au compte indiqué. Un circuit financier organisé récupère l’argent, puis revend l’humain-marchandise à un autre forban.

Alors, pas seulement des mots, cette histoire d’ombre et de lumière ? Pas seulement des mots, cette histoire de souffle vivifiant partagé dans la fraternité si belle et si difficile.

Exactement le chemin d’humanité à parcourir. En croyant et espérant que l’Eternel est bonté.

Nous arrivons à la ville et trouvons une brasserie, panekoek à la clef. Miam.

Oostende-De Haan, printemps 2016.