Archives de catégorie : Nouvelles

Nouvelles

METRO

METRO

C’est toujours la même histoire et nous la connaissons bien, d’ores et déjà. Quelqu’un quitte le bistro, légèrement enivré, épris de la beauté du monde, qu’il distingue au travers du fratras des voitures, touché par la grande incertitude, mais confiant dans la joie de la vie.

Sous un abri-bus, touché au cœur par un malheur voisin, il s’arrête et se penche ; se reprend et, en dépit de tout et de ce malheur particulier, poursuit sa route.

Machinalement, il s’engouffre dans le métro, rêve dans les couloirs, sans savoir comment ni pourquoi : il est poussé par la vie. Avancer, c’est apprendre à chuter. Ou à éviter de chuter. Bof !

Assis face à des personnes qui semblent n’être personne, mais c’est trop facile, a-t-il l’air de quelqu’un, lui-même, se dit-il ?

Serait-ce le vide du penseur taoïste ? Peut-être, mais justement, il ne s’agit plus de l’être, mais d’un non-être qui permet à l’être d’exister, comme le mal le permet au bien, comme la nuit le permet au jour, comme le féminin le permet au masculin, puisque dans ce dernier cas, il est bien vrai que les chromosomes sont XX d’abord et que l’Y n’advient qu’en dérogation. Biologie certes seulement, et l’Esprit serait plutôt Yang, lumière et Ciel et le Yin serait ombre et Terre ? Equilibre des contraires complémentaires et c’est tout, c’est le Tout.

Le wagon, ou disons la rame, c’est plus fluide, encore le taoîsme, ça le poursuit, repart, alourdi d’un paquet compact de voyageurs. Il se lève et propose sa place, la dame refuse, car il a l’air, lui, si fatigué et il ne le sait pas et donc ne le dissimule pas. Que de visages laids… Indulgence s’il te plaît ! Mais voilà justement, foin de l’indulgence, il crache mentalement et méchamment sur ses congénères, sur lui-même donc, quel troupeau de bœufs, de moutons, de veaux.

Ridicule, rien à voir avec la réalité, seulement une défaillance électro-chimique quelque part entre ses deux oreilles.

Ce truc du non-être, se dit-il, c’est quand même bizarre. D’abord, est-ce pensable ? Si on reste avec cette grammaire, non, puisque j’ai posé « est »-ce pensable. Il faut supprimer le verbe être pour pouvoir répondre, sinon il nous enferme. Comment donc s’en débarrasser ?

Ca freine dur, ça s’arrête. Il fait trop chaud, quelle vieillerie ce métro, cette rame, plutôt galère, oui mais on a oublié les vraies galères romaines et Louis quatorzièmes, sinon on dirait au moins mini-galères, ou micro-galères.

Comment ont-ils fait, en Orient, pour s’en débarrasser ? Bah, ils ne l’ont jamais découvert tout simplement, l’Etre unique? Non, ne jamais croire que l’autre est débile, faible au sens de la langue espagnole. C’est toujours faux ou du moins de mauvais conseil. J’y suis, se dit-il, mais il a du mal à rester concentré, il a une nouvelle voisine, qu’il a brièvement vue très jolie, tout arrive, ça lui fait du bien. « Je suis heureux pour elle. C’est bon de voir sans désirer, vous comprenez ce que je veux dire. Aîe ! Je dois bientôt descendre”.

Bingo ! Ils ont donné ce nom de Vide à l’infini, à ce qui ne finit jamais, ni ne commence, contrairement à tout ce qui est ici vivant et qui évolue tout le temps, mais sur lequel on a prise dans la mesure même où on le subit et où l’on est pris, comme au judo. Pas si mal comme intuition pour dire tout d’un mot et d’un coup ce qu’on dit longuement ne pas pouvoir dire sur Dieu, ou dont on dit bel et bien, dans un psaume, qu’il est Celui qui plonge dans l’abîme (un vide qui abîme salement) et en ramène.

Le Vide (est) dans l’Etre comme un trou noir de l’espace-temps.

Un souvenir lui remonte. En haut des falaises de Moher, il s’est aplati sur la pierre et a regardé 200 mètres plus bas les vagues vertes se fracasser avec écume blanche sur la roche. Magnifique, splendide, à vouloir s’arrêter là tant c’était beau, et ça, ça n’était pas prévu, il a eu envie de plonger, ça l’a pris aux tripes ; saisi, il a retiré son regard et a rampé à reculons, s’incrustant dans la roche plate. Oui, le Vide est au cœur de notre cœur, et aussi, de l’univers, c’est dit par les spécialistes astro-physiciens sur le plan physique. Le Vide, qui n’est pas, « est » le Mystère du monde dans le monde.

« J’ai loupé la station, ça m’apprendra à remonter le temps inopinément et à tort, quelle complaisance, quel petit ego sur-dimensionné ! Quel contre-temps. » La belle femme est toujours là, tiens, elle est bien habillée, il revient au présent, descends. Il rentre à pied finalement, la marche lui fait du bien, il respire peu cependant, vu les bagnoles.

Pour revenir à Moher et à la tentation de la falaise, il voit bien que la vie était là, avec ses enfants. Il n’a eu aucun mal à résister, et il exagère sans aucun doute le souvenir, c’est le propre des souvenirs qui reviennent plusieurs fois. C’était clair, avant toute formulation : la vie pour nous humains, c’est nos liens.

En montant l’escalier, il se dit qu’il n’a pas perdu sa journée : deux mises au point, l’une sur le Vide et l’autre sur nos vies. Pas si mal! Fêter cela. Mais voudra-t-elle aller au restau impromptu ?

ODYSSEE

Odyssée, de l’Erythrée  à l’Europe

Dans le ciel étoilé où je divague, une infime trainée blanche avance en droite ligne. Elle fuit la nuit et fonce vers le crépuscule d’Occident, vers le paradis.

Je suis épuisé, tant que je ne le sens plus. La soif me ronge la langue et la faim me fait une pierre au ventre. Une inconscience s’abat sur moi et me tient lieu de sommeil.

Le froid me rigidifie et il faut que le soleil déjà m’éblouisse pour que je me réchauffe. Mes compagnons se rassemblent autour du guide qui distribue l’eau chaude, est-ce du thé ? Je me déplie et tend ma tasse en plastique sale.

Nous avançons pas à pas jusqu’au véhicule, mon copain boîte, sa jambe é été démolie par les coups de cable, là-bas, quelque part dans le désert du Soudan, à moins que ça ne se soit passé aux confins de la Libye. Qu’est-ce que ça veut dire, le Soudan, qu’est-ce que ça veut dire la Libye ? Il a tant hurlé que ses parents, l’entendant au téléphone dont il a avoué le numéro, ont encore été emprunter à la grande famille. Puis les anges électroniques ont fait le transfert. Tout ça est parfaitement traçable, .

Mais il n’y a là sous le soleil ardent que pauvreté de tous et méchanceté de certains devenus rapaces. Rapaces qui deviennent riches, très vite, et s’ils évoluent bien, se retirent du business sous les remontrances de leurs femmes, fortune faite et pitié bien évanouie.

D’ailleurs, la miséricorde est réservée à Dieu, n’est-ce pas ? Alors, comment imaginer que même un sentiment de faute puisse surgir au cœur ? Cela aussi s’apprend, semble-t-il.

Entassés, résignés jusqu’à ne plus vouloir quoi que ce soit, les chocs que la piste nous inflige raidissent nos corps de souffrance, et ces corps se défendent bien, car nous sommes très jeunes, à peine 20 ans.

Sur la même planète, au paradis, on a chanté et l’on reprend parfois : « On n’a pas tous les jours vingt ans…ça nous arrive une fois seulement »… C’est sûr, ce voyage ne nous arrivera qu’une fois. Si nous arrivons au bout, si nous ne succombons pas à la délivrance de la souveraine mort, qui se présente souvent à nous dans un mirage d’eau tremblante.

Ce guide n’est pas cruel, cela arrive aussi, il nous fait descendre lorsqu’il prend un court repos pour se défatiguer et laisser souffler le camion. Nos jambes fourmillent lentement et se débloquent, c’est affreux. Etre en vie, c’est affreux, recouvrer le mouvement, c’est brulant et nous avons encore plus soif, ça n’est plus la langue, c’est tous les los qui crient. Je n’ai même plus envie de l’avaler, cette langue. Zombie véritable devenu.

Mais dans le zombie la vie perdure, se décrochant de la conscience et du vouloir. Car même la volonté forcenée de quitter le lieu de naissance et l’espoir de vivre enfin comme dans les images de l’étrange lucarne, ont été évaporés dans la chaleur, ce qui n’est rien, mais bien pire, dissous dans l’expérience de la violence brute et simple du congénère humain.

Beaucoup plus loin, longtemps après, Il fait à crever dans ce hangar, nous gelons la nuit et nous fondons le jour. L’écoulement du temps disparaît lui aussi. Nous survivons comme des animaux, et c’est plutôt une bonne chose, comme si la méchanceté avait disparu entre nous. Enfin pas tout à fait, parfois, c’est limite. Pourtant ici c’est quand même très bien : l’eau nous est accordée sans limite. Enfin, trois fois par jour. Personne ne nous bat.

Des vies plus loin, plus tard, trop tard pour beaucoup, nous voyons cette immensité d’eau. Comment accepter cette chose ? C’est à se perdre, c’est plus infini que mon désert, et cela bouge tout le temps, cela bruisse. Ecroulé pour la nuit sur le sable, je vois dans le ciel étoilé une infime traînée blanche qui avance en droite ligne ; elle fuit la nuit et fonce vers le crépuscule d’Occident. Vers le paradis.

Un nouveau guide nous a pris en charge, et j’ai dû donner les billets verts qui me restaient. Car nous sommes si nombreux qu’ils ne nous dépouillent pas tous, j’y avais échappé, question de pure chance. Et voilà, nous embarquons dans une résignation soutenue par un irrépressible espoir de survivre et plombée par la peur de couler. Ca vomit et autres. Ce chargement que nous sommes, veut-il vraiment le mener à bon port ? Et c’est quoi, un port ? D’ailleurs, le « nous sommes» n’est plus le même. Mon copain tient encore avec moi, mais tous les autres ont disparu. Nous étions partis à six d’Erythrée.

Des vies plus loin, plus tard, je suis allongé dans une chambre propre et confortable, je prends des médicaments. Je n’entrave pas trois mots de ce qu’ils me disent. Ils ont l’air parfois inquiets, cela me trouble. Ca ne colle pas, je pense à ma famille, il me semble que je ne les reverrai jamais, je suis accablé, je suis parti trop loin. Mais je dois vivre.

Je revis et je souris.Ils ont l’air content. Je raconte sans raconter. Dans mes yeux, ils trouvent une innocence. Je suis devenu un pur appel à l’aide.

Unité  309/chambre 07.octobre 2018

 

Combat aux confins

Combat aux confins

 Sur cette plaine rase herbée, entourée d’un cirque de montagnes enneigées où le vent souffle en rafales violentes, tout se met en place.

Des tentes ont été dressées, blanches et brillantes dans la nuit, reflétant les flammes de trois grands feux qui jaillissent et montent au ciel et délimitent dans la prairie un triangle, au milieu duquel un cercle de sable a été tracé. C’est là le lieu du combat.

Toutes les étoiles dans le firmament noir sont présentes et regardent.

De part et d’autre de l’horizon des groupes de cavaliers apparaissent. Ils se rapprochent sans hâte. Quand ils arrivent, ils descendent de leurs montures, les confient à leurs aides et petit à petit se placent autour du cercle. Des tambours rythment l’espace dans un bourdonnement constant, dissipant l’écoulement du temps.

Précisément ! Ne pouvoir remonter le temps, ne pouvoir repartir en arrière et faire d’autres choix. Le sentiment d’un seul coup te submerge : tu as avancé et ne connaitras jamais ce bonheur qu’alors, tu ne vis pas. Et c’est un deuil.

Dans le cercle tu es entré, le sabre dégainé en main droite. Face à toi, la silhouette bleutée s’est immobilisé elle aussi, à dix mètres de toi, à l’endroit prescrit. Son sabre en main droite, comme toi. Vous ne pouvez plus sortir du cercle. C’est interdit. Vous ne seriez plus reconnu.

Il se pourrait que tu meures. Mais cela ne signifie plus rien pour toi, du moins le crois-tu. Crois-tu vraiment que ton avenir s’arrête là, dans ce cercle et que cet homme va l’arrêter ? Certes non.Tu as appris que toute pensée est vaine qui tente d’évoquer l’indicible, la mort. Son moment est insaisissable. Et son action n’est pas d’anéantir, mais d’enlever tout pouvoir, absolument tout pouvoir. Tu ne voudras même plus pouvoir.

Un tremblement envahit tes jambes, puis monte dans ton dos une chaleur qui te fait vibrer, cela se poursuit par un fourmillement dans les épaules et jusqu’aux mains. Tu es donc en vie. Au signal, vous vous avancez l’un vers l’autre.

A son déplacement félin, un doute te vient. A ta difficulté à le ressentir et le capter pour le mieux deviner, une incertitude t’envahit. Tu remarques soudain la finesse de ses poignets. Cette silhouette? Une femme. Une sécheresse remplit ta bouche. Tu ne tueras pas, c’est promis. Il faudra arrêter le sabre à temps, à un centimètre.

Un grand coup de vent du nord, les flammes s’affolent dans les brasiers oranges.

Elle commence un mouvement circulaire, la poignée du sabre à hauteur de tempe. Mouvement symétrique opposé de ta part. Elle comme toi, vous laissez monter le souffle de vie depuis la Terre dans vos jambes et il s’établit en votre centre. Dans le mouvement, vous apercevez la silhouette complète de l’autre. Perçoit-elle déjà l’auréole de ton intention ? Si oui, tu es perdu, car il ne devrait plus y avoir le moindre désir en toi. Et surtout pas celui de sauver ta peau.

Malgré le vent, vous n’avez plus froid. vous tournez face à face. Ne s’est révélée aucune faille dans votre concentration, vous tournez encore. Ton dos ruisselle de sueur, ses lèvres ont blanchi.

Elle a bondi sur ton côté et tu as paré in extremis. Vous reculez l’un et l’autre. Tu es incapable d’attaquer ; elle a pénétré ton esprit. Ton ventre se noue. Tu hurles pour te libérer et ton katana fend l’air, qu’elle esquive d’un coup latéral. Tu as saisi son regard, et c’est l’erreur : elle était en toi déjà et maintenant elle t’attire.

Oubliant ta promesse, tu frappes d’estoc, pour transpercer. Ton sabre est renvoyé vers le ciel et tes mains saignent de l’avoir gardé. Tu sais que si la fureur t’envahit, tu perdras. Mais l’enseignement est submergé par la violence primitive. Ouvrant grand les bras, tu fends de haut en bas. Ton katana fend le vide et cogne par terre ; sa lame à elle est sur ta gorge.

Tu t’abandonnes à elle. Le temps s’étire, une sorte de voile doré emplit ta vue. Une légèreté froide te vient, et un repos. Et c’est avec incrédulité que tu dois recommencer à vivre car elle te laisse là : garder le trésor en y renonçant.

Les tambours n’ont pas cessé de faire vibrer l’air; les rythmes changent et maintenant annoncent les danses. La Vie est là qui poursuit sa route.

 

 

INSTANT MAGIQUE

L’instant magique

Réveillé, je me demande que faire au lit? Rien. Je me lève, j’ai dormi au 1er étage, la maison en-dessous est silencieuse. Par la fenêtre, je vois un ciel tourmenté. Je pourrais simplement prendre la voiture et aller sur la côte, à un kilomètre d’ici pour profiter du paysage et de l’ambiance ? Oui.

Les rues sont désertes en ce mois de juillet, tôt ce matin, 7 heures. Passant devant la boulangerie où je suis un habitué épisodique, parce qu’elle se situe près d’ »Hirondelle », la maison où habite notre mère, je m’arrête et achète une belle brioche dorée et jaune, pour les « petits-enfants « (à 12 et 16 ans il va falloir changer d’appellation !), avec un grand bonjour à la boulangère qui émerge du sommeil mais me reconnait quand même… Je reprends la voiture et gare la voiture, une excellente petite Kia, à un parking qui donne au-dessus d’une des plages de Biarritz, la Milady ( de my lady je suppose, mais il faut prononcer miladi). Quelques malins ont repéré ces lieux et sont dans leur petit bus aménagés, campings-cars rustiques.

Face à moi, maintenant, la vue attendue, le large. Comme anticipé, c’est beau !

Des eaux multicolores selon les nuages ou les clartés dans le ciel. Du vert, du violet, du sombre. Un vent assez fort souffle, mais il fait doux. Très beau. La mer est forte, mais ça ne se devine que si l’on s’est baigné la veille: en ce moment de l’été, même à marée basse, les vagues qui s’avancent pleines d’écume sont impétueuses et les courants vraiment puissants,qui vous fauchenbt sans crier gare! A gauche, les montagnes du pays basque, couvertes de nuages épais qui défilent, formant un bloc sombre ; à droite, au loin, vers les Landes, un ruban de plages éclairé.

Un grain arrive, je me réfugie finalement dans la voiture, car ça se met à mouiller vraiment. Et si j’allais à Ondres, vers les Landes justement, puisque j’ai vu que de ce côté il fait clair ? Par l’autoroute, j’y serais en 20 minutes. Il est déjà 8h mais tous dorment encore ou ne se lèveront que d’ici une heure environ. J’hésite car c’est inhabituel, puis me décide: j’y vais.

Je suis rentré à 9h15. Entretemps, quelque chose sortant de l’ordinaire, s’est passé ou a passé.

Je suis arrivé là-bas, ai garé la voiture dans le parking encore vide. J’arrive sur le front de mer et repère des terrasses en bois pour faire un peu d’exercices, et marche trente mètres à l’écart de l’allée principale sur la gauche. Personne, sinon un employé que nettoie et passe à côté de moi. Nous échangeons un bonjour.

Sur l’allée principale passe une jeune femme, vêtue d’une serviette de bains et en sandales. Elle descend l’escalier de planches et avance droit sur le sable, vers l’Océan, sans se retourner ni regarder à gauche ou à droite. Je reprends mes exercices. Peu après, elle a parcouru d’un pas égal et lent la bonne centaine de mètres qui la séparent de l’eau. Il n’y a pas de vagues, l’Océan est d’un vert parfait, la plage est dorée, déserte, frangée d’une écume brillante, et la lumière, venant de l’est, de par-dessus la forêt de pins, éclaire fortement la plage et l’eau mouvante qui brille.

La dame se défait de son vêtement et avance nue vers l’eau. Elle s’y trempe lentement et entièrement, quelques secondes, ou une minute ? Puis ressort de l’Océan comme une sirène qui pourrait marcher, en toute beauté, ondulant à pas tranquilles pour remonter la pente légère. Je la vois d’assez loin et son mouvement n’en est que plus perceptible.

C’est comme au début du monde humain, c’est pour moi d’un coup la vérité et la liberté apparues, elle est magnifique.

Elle revient à ses affaires, s’enroule de son seul tissu et reprend ses sandales. Seule sur le sable, elle remonte tout droit, souveraine en sa nature. Quand elle se rapproche, je la quitte du regard sans même le vouloir, par respect. Je sens maintenant qu’il ne faut pas oublier cet instant magique et pur. Et je l’écris pour le préserver de l’oubli.

Beauté de la vie donnée, bonté.