Archives de catégorie : Poésie

SAGESSE

LA SAGESSE était avec Dieu lors de la Création ( La Sagesse, 9,9)

Du fond du noir absolu apparaît un joyau bleuté,

La lumière invisible le frappe de plein fouet. Terre des hommes.

La porte s’ouvre et j’entre. Elle me dit aussitôt, la Sagesse, en se peignant longuement et sans se retourner, que tout cela est tout, que tout cela n’est rien. Elle poursuit, tranquille et lasse devant tant d’ignorance : « Tous les êtres existent pour nous : tout ce qui existe, espace-temps, objets du monde, la Terre, les cieux, les milliards de galaxies et d’étoiles, les particules évanescentes dans le vide, la pensée que tu as pour moi, le sentiment que j’ai pour toi, tout cela, c’est pour nous. »

Ne la comprenant pas, Je l’interromps : « Toi, Sagesse, tu existes en nos cœurs, je le devine et je l’espère. Mais alors, comment pouvais–tu être, avec le Créateur, avant la fondation du monde, dans un Ailleurs où l’Etre n’existait pas encore? » Elle se retourne et me fixe intensément.

« Qui peut connaître l’Origine ? Certainement pas la créature ! »

Elle semble alors disparaître à mes yeux, une sorte de pénombre s’installe dans le palais. Une lueur douce subsiste là où elle se tenait. Et cette douceur me dit : « Tu ne peux aller plus loin. »

Le sol me manque et un effroi me surprend au cœur. Car je l’aime. Je suis en faiblesse, sans autre pouvoir que d’attendre.

Dans le silence, un bruit léger. De l’eau qui coule ? Un vent trop faible ? Tout s’efface et je glisse lentement à terre, sans heurt.

Je continue de l’aimer. Je m’obstine à croire en Elle. C’est une foi qui m’arrive au-dedans et me pénètre, irrésistible et bienvenue.  La pénombre s’est obscurcie, le Souffle de la Vie incommensurable, impénétrable, anime pourtant mon souffle et mon désir d’Elle.

Dans un vertige, elle m’a saisi, la Sagesse. Elle s’est dévoilée, beauté vivante dans un silence intense et chaud : elle, l’esclave de la Vie éternelle.

« Comme tu es belle ! Le Souffle s’émerveille sur ton visage lisse, enveloppe ta chevelure d’eaux mêlées, et, perdu dans tes yeux d’Océan, je vois ton corps ondoyant de force et de bonté. »

Tout cela est pour nous. Oui.

Lillois,2020

Le jardin à l’érable

 

Au milieu du mur brun en pisé, arrêtée à la porte massive de bois rouge brun, elle frappe du plat de la main droite.

De l’autre côté, c’est la paix d’un jardin de pins taillés et de pierres éparpillées sur un gravier blanc ratissé, surplombé d’un grand érable rougissant.

Aucun mouvement ne répond.

Que fait-elle là à attendre, vêtue d’un pantalon sombre et d’une chemise claire ?

Pourquoi ne pas jouer aux boules ou s’en aller ? Un bruit de voiture s’en vient et s’efface.

Elle se frappe le front, légèrement. Aurait-elle trouvée ?

Un vent agite doucement les feuilles de l’érable, au-dessus du mur.

*******

La porte sépare le je, le moi, le soi-même, le soi,

du Soi, âme spirituelle habitée par le divin, habitant au profond du soi.

Le mur et la porte ne sont qu’une image, puisque le Soi est à l’intérieur du je, moi, soi-même, soi.

A l’effort du je ,moi, soi-même, soi, vers le Soi, le Soi répond par la grâce.

Le vêtement sombre et clair symbolise notre ombre et notre lumière, dont l’enchevêtrement  constitue la vie humaine.

 Jouer aux boules ? Indice que le Soi n’est pas ailleurs qu’en soi-même et dans le jeu de la vie ordinaire.  La voiture ? Le mouvement de la vie quotidienne, où la recherche se situe.

La dame a bel et bien trouvé : elle a saisi que c’est en son âme, en son cœur, que l’accomplissement se joue.

Mais il reste qu’il est bon de frapper et d’attendre devant la porte, en espérant pouvoir se retirer de temps en temps dans le calme du jardin, pour se rendre, soi, attentif au Soi . Le mouvement des feuilles de l’érable y invite.

 

 

( Stage de Tai Ji Qi Dao, Paris, 20 avril 2019.Me KE WEN. Concept hindou du Soi; l’âme spirituelle, pensée chretienne; travaux de Carl Jung sur le Soi inconscient.)

VIE HUMAINE ET TEMPS

VIE HUMAINE ET TEMPS

Une promesse invisible qui grandit d’une explosion primitive, à l’image de celle d’où naquit l’univers. Une vie est à l’abri, au chaud, plongé dans le rythme sourd et constant de battements inconnus. Des sons parviennent maintenant, qui élargissent ce monde clos et flottant. Nourrissement pur et inconscient. Hors du temps conscient.

Epreuve première de séparation, expulsion rigoureuse, déchirement de l’air qui s’engouffre et emplit l’enveloppe. Voilà un ballon qui ne s’envole pas, la gravité le retient, la vie s’est en fait alourdie. Et c’est bien ainsi : car une si forte énergie qui travaille à envahir sans fin consumerait tout pour grandir. La lumière a été aveuglante mais peu à peu les distinctions s’opèrent. La chaleur restera pour toujours primordiale, premier lieu de la tendresse. L’instant est pur don, reçu sans autre savoir que celui de persévérer.

La lumière guide les pas maintenant, (ou les sons si par malheur elle manque). Il y a la nuit empreinte de sécurité, il y a le jour marqué par l’aventure. Il y a les proches, il y a les lointains : le désir de marcher. Tout devient jeu, et le je apparaît : tout faire comme l’autre et ne pas être l’autre ! La confiance et le retrait. Seul le présent compte, d’instant en instant.

Dans un déluge de paroles, un fonds sonore permanent, les vibrations immenses de sens multiples et tâtonnants se pressent. Apprentissages en nombre de toutes les intelligences. Franchissement des obstacles, apprentissages : toujours, toujours apprendre, c’est la croissance de la vie elle-même. Apparition du temps en avant, images de randonnées, de montagnes à gravir, de cols à passer, enneigés, glissants. Intensité des efforts extrêmes, repos naturels et bienfaisants, dans les clairières d’une existence attentive. Le futur attire, il étire le présent, quand le passé, ignoré, git dans l’inconscient.

C’est toutes voiles dehors qu’il faut aller. Il faudrait alors bien se renseigner sur le cap à suivre.

De grands choix s’opèrent, dont on peut parler pour mieux choisir, mais tout n’est pas dicible. Des possibles commencent à glisser dans le non-être. Des intensités d’expériences prennent corps. Il y a une histoire qui parcourt le temps des heures, en avant, toujours.

La vie continue quoiqu’il arrive. Cheminement constant, irrégulier dans ses actes, stabilisé dans ses rencontres. Cela se construit peu à peu. En avant, est visible maintenant une trajectoire. En arrière se pourrait voir un fil rouge, mais il se cache. Les traces du non-être n’intéressent pas.

 

L’attirance s’est faite impérieuse. Dans les galaxies splendides de la tendresse, une collision invisible et secrètement souhaitée s’est produite. Tout remonte à l’origine, à la chaleur, à la nuit féconde. Et la vie s’incarne encore une fois. Tout recommence, en une autre vie nouvelle.

La vie continue quoiqu’il arrive, cheminement indistinct d’autres cheminements. L’air ambiant nourrit, sain ou malsain. Le présent n’est plus un instant, il s’aperçoit du passé, le fil rouge est reconnu, signifiant l’existence déjà vécue. Urgente et nécessaire en est l’acceptation, pour que les cheminements puissent s’entraider. Temps des engagements indispensables. C’est le temps où l’on se souhaite ” longue vie, bonheur, prospérité”.

La vie est démultipliée, rien ne se fait sans tous, et tout ce qui est fait s’appuie sur le travail d’autres. Le “Je” s’aperçoit qu’il ne vit que dans un “nous”. C’est , selon, une partie de pêche ou la descente d’un torrent en kayak, des randoris multiples et des ippons; des oasis et des Atlas. Pas de haut sans bas et pas de chute sans relèvement. Joies à maximiser et peines à minimiser, programme sage et difficile! Il faut trouver la tranquillité dans le mouvement sans que jamais l’un n’exclue l’autre. Le temps reste en avant , mais se charge, devient plus dense, plus épais.

Il pourrait fragiliser l’âme, si l’on n’y prend garde; mais les saveurs heureuses elles aussi, s’intensifient.

 

Puis voici, est-ce vraiment une surprise ? , que le futur commence à se dessiner plutôt chez les autres. La ligne du temps s’incurve et entame un mouvement circulaire non encore perceptible. Là devrait se situer l’acmé. Il est temps, précisement !!!

Les soucis pour les être chers prennent le dessus, et nous n’y pouvons rien : comme nous avons reçu la vie, nous recevons leurs vies. Le temps devient répétitif ainsi que les évènements, semble-t-il. Il faut alors entreprendre encore là où on le peut. Le fil rouge est accepté, mais l’en avant lasse peut-être, parfois.

… Le temps est devenu circulaire, la stabilité et les habitudes triomphent pour préserver ce qui persiste là. Faut-il se résoudre à la diminution de l’action ? Oui, à condition d’habiter pleinement le moment présent dans la joie. Le temps circulaire revient aux instants. L’on pourrait redevenir enfant, petit enfant.

Puis le temps se concentre dans un seul instant, celui du deuxième passage, où la pesanteur est abandonnée, laissée à elle-même. C’est l’envolée, peur la plus grande, désir secret le plus cher.