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Voyages

Voyage Vietnam avril 2017

VIETNAM 29 MARS – 16 AVRIL 2017

Voyage touristique : Annie – Michel / Fijtje – Jean-Fred

 

Touristes, nous allons faire un tour au Vietnam. D’où l’expression  très répandue « On a fait le Mali ou le Tibet, le ceci et le cela etc…, » expression qui veut dire en réalité «  on a fait un tour » et qui est donc précisément accordée au réel. Toutefois cette expression a le don d’énerver ceux qui prêtent attention aux mots comme gouvernant la pensée, dont Michel et moi sommes. Faire un pays : l’expression raccourcie laisse trompeusement penser qu’on a tout vu, tout compris et qu’on peut donc passer à autre chose. En réalité un bon voyage est celui qui vous intrigue parce que vous sentez soudain que vous ne voyez rien, que vous ne comprenez pas grand chose à la manière dont les gens vivent et qui vous donne envie, une fois rentré, d’étudier ce pays, son histoire, sa culture, ses habitants, de faire connaissance avec ceux d’ici qui en viennent.

Voilà ! c’est dit.

LE 30 MARS 2017 au matin,

nous sommes arrivés à HANOÏ après un vol sans histoire de la Vietnam Airlines à partir de l’aéroport Charles de Gaule, CDG airport, à bord d’un Airbus A 320-700, très confortable même en classe touriste. Stabilité de l’appareil tout au long du vol, bruit uniforme des deux réacteurs pendant 11 heures, insonorisation poussée et bonne climatisation : pas de problème de nez sec ! Nous ne prêtons plus attention, surtout si l’on n’a aucune inquiétude particulière de voler, à cette somme de performances, de spécialisations et de coordinations techniques ! Les deux réacteurs doivent faire chacun 2 m. de diamètre…

Nuages blancs en forme de fumerolles brillantes à la frontière Laos-Vietnam où nous entamons la descente. Les avions passent de 11 000 m. à zéro selon une ligne pratiquement rectiligne si je peux en juger : nouveau monde des robots programmés, qui veillent désormais sur notre sécurité. Nous traversons les nuages, brouillard, puis la terre, avec de l’eau un peu partout.

Bel aéroport. Notre guide, Tuan, nous attend comme prévu avec son panneau à nos noms. Continuer la lecture

RANDO-VELO septembre 2016

RANDO-VELO 5 – 10 septembre 2016

 

Nous venons donc de randonner en vélo sur les routes rurales impeccables chevauchant les départements de la Haute-Marne, et de la Meuse. Ayant rejoint Bar-le-Duc, nous avons fait une boucle en passant les nuits à Saudron, Reynel, Vecqueville, Hauteville, près du Lac de Der et de St Dizier, Bar-le-Duc. 335kms, 5 jours.

Ce récit a pour but de convaincre que les randonnées en vélo sont faciles, organisables et bénéfiques pour la santé et le moral.

Les seules conditions sont : un bon équipement mécanique, vélo tout chemin (vtc) avec bonne selle, bons pneus et bon dérailleur ; un bon équipement vestimentaire : dans l’ordre de priorité, culotte, chaussures, casque, gants.

Pour les itinéraires, Hollande et Allemagne disposent de pistes cyclables impeccables, Danemark bien. En France moins de pistes quoique déjà beaucoup mais un fantastique réseau de routes rurales qui en sont tout à fait l’équivalent en pratique.

Un chois stratégique : le long des canaux ou dans la campagne qui comporte toujours des côtes.

La randonnée-vélo est très agréable car elle permet d’avancer bien sur une journée, tout en permettant de goûter au moindre détail et de s’arrêter illico pour une rencontre ou une photo ou une visite impromptue. Elle permet d’oublier les soucis, elle nettoie la fatique nerveuse, bref elle met en forme.

Elle va se développer avec le confort des vélos électriques.

Songez-y !!!!!!

Nous avons eu la chance, d’ailleurs prévue par la météo, de ne voir aucun nuage durant ces cinq journées. L’effort a été nettement supérieur à une randonnée le long d’un fleuve ou d’un canal, comme nous l’avions fait le long de l’Astmühl, affluent du Danube, au mois de juin. Des forêts superbes et de grandes étendues sur les plateaux avec horizon lointain : les récoltes étaient fauchées et nous étions donc en « rase » campagne. Les agriculteurs ratissaient à grandes journées de tracteur, soulevant une poussière due à la sécheresse, dont témoignait aussi, et de façon plus dramatique pour eux, les champs de maïs très maigres et jaunis.

D’abord un bon voyage en voiture, marqué par un dépassement impatient de file due à un véhicule agricole lent, juste bien calculé mais imprudent. Quel idiot ! Nous ne sommes plus habitués, circulant en ville ou sur des voies séparées, à voir un poids lourd se pointer là-bas au bout et qui se fait juste un peu proche.

Bonne arrivée lundi 5 septembre vers 16 h. à « La plume d’oie », 5 rue du sac à Bar-le-Duc, chez Mme … jeune retraitée, qui a réorganisé son habitation pour y placer deux chambres d’hôtes. Vieille maison dans une rue piétonnière, extérieur et intérieur impeccables. De l’autre côté du bâtiment, le balcon de la chambre donne sur une petite rivière qui coule avec un bruit léger Mme est en liaison avec l’office du tourisme et reçoit bien du monde, dont du passage Nord-Sud et du passage Est-Ouest, vers l’Allemagne. Elle nous indique le restaurant possible.

Elle nous propose, le lendemain, de laisser notre voiture dans son garage fermé par une grille dans un parking sous-terrain, une bonne formule que nous acceptons très volontiers : nous pourrons tout-à-fait oublier pour cinq jours notre carrosse.

Après un excellent petit-déjeuner et un peu de parlotte, Bar le Duc est une ville administrative, nous suivons ses indications précises pour sortir de la ville, car c’est toujours un point important de prendre la bonne route à partir du centre d’une ville pour en sortir pour ne pas perdre trop d’énergie en se trompant de direction.

Pour éviter une bosse très sérieuse, dont nous vérifierons au retour la pente dans une descente très raide, nous faisons un détour par le nord (Fains) pour arriver à Veel et prendre une route qui serpente en suivant le cours de la Saulx, petit cours d’eau.

Nopus sommes le mardi 6 septembre et il fait un temps parfait, ensoleillé et juste frais à cette heure ( 9h30).

Pour choisir cette route, nous avons appliqué notre méthode habituelle. Prendre une carte Michelin assez détaillée (échelle 1/150 000, soit 1cm= 1,5 km), et évaluer grossièrement les étapes, sachant que nous suivrons les routes « blanches », évitant le « rouges » et si possible mais pas toujours, les «  jaunes ». Rouges pour les nationales, jaunes pour les départementales, blanches pour les locales. Ceci nous permet de circuler en milieu rural et de bénéficier d’un gigantesque réseau de pistes cyclables anonymes mais réelles. Après ce premier choix approximatif, il est conseillé de repérer les cours d’eau le long desquels normalement le relief sera plus doux, et complémentairement, d’éviter les routes marquées d’un accent circonflexe ( l’accent vers le haut dans le sens de votre marche), en écartant absolument celles marquées de 2 ou 3 accents.

Ensuite dans notre cas de vélo-randonneurs appréciant un bon lit, il faut repérer les chambres d’hôtes possibles, vérifier leur disponibilité, et modifier le trajet prévu en fonction du résultat pour arriver aux points de départ et d’arrivée définitifs. Il ne reste plus qu’à prévoir le trajet avec variantes possibles, étant entendu que dans cette épure, une adaptation est toujours possible selon les circonstances ou les conseils reçus sur place.

A cet égard, le vélo est vraiment génial car il facilite les contacts d’une manière qui s’est toujours vérifiée.

Nous suivons donc la rivère Saulx vers le sud en ne la voyant d’ailleurs que de temps en temps : Trémont, Haironville, jusqu’à Damarie. où nous décidons de faire une rallonge par Hévilliers pour ne pas arriver trop tôt, vers 16h au Val Louzet, où deux paons nous accueillent. Pas de clébard (j’aime autant), pas de propriétaire (dommage), mais un numéro de téléphone. Il fait chaud, je le joins puis nous l’attendons tranquillement. Des reniflements de cochons d’une pureté extrême. Je vérifie : c’est exactement comme on les imite !

Très belle chambre. Ceci se retrouvera chaque soir. Nous avions entendu dire que « Gïte de France » voulait pousser vers le haut le réseau et après une dizaine d’année, c’est perceptible, au point d’être presque luxueux parfois (niveau « trois épis » il est vrai), ou de donner envie de rénover sa propre salle de bain…

Nous sommes loin de tout (à vélo). Pour le repas du soir, il y a carrément ici, dans un des bâtiments de la ferme, un restaurant, comme nous le savions d’ailleurs, c’est pour cela que nous avons retenu cet hébergement. Très bon repas dans une salle d’où saillent des murs de grosses têtes d’animaux (bison, élan, cerf). Avec un peu de mémoire, ces choses sorties du mur me font penser aux mains qui sortent des murs dans Répulsion, un film de Polanski que j’avais vu en voyage scolaire en Angleterre, à 13 ans je crois, brrr… Je prends des photos pour le mari chasseur de F, Ces grosses têtes sont un peu saugrenues pour qui n’est pas chasseur. Nous ne nous sentons pas d’humeur à incorporer magiquement l’âme courageuse de ces superbes bêtes, mais ça ne nous coupe pas l’appétit.

Notre hôte devient plus loquace en servant au restaurant. Il s’avère qu’il fait travailler un cuisinier, une dame pour les chambres et un monsieur pour les bêtes. Il a racheté la ferme il y a 15 ans, l’a retapée en deux ans de travaux et fait les chambres d’hôtes il y a 5 ans. Ca marche, mais c’est très en dents de scie depuis deux ans. Des fois personne, et puis des mariages à la suite. Il nous vente les avantages de Zoë. sa voiture électrique. Autonomie largement suffisante (150 kms) pour ses besoins. Aucun problème de givre en hiver, il programme la veille le chauffage de l’habitacle pour les10 minutes avant le départ prévu. Renault doit faire un bel effort : il la loue pour 3 ans au prix mensuel d’un plein de gazole et pourrait l’acquérir ensuite. Surtout, son ancienne diesel lui a été reprise à un fameux prix (dix mille €) par le concessionnaire. Bref, je suppose que Renault met le paquet, et c’est bien nécessaire et légitime en période de lancement d’un produit nouveau. Précisons que cette voiture a l’air très réussie.

Digression : il y a maintenant des années que l’on entend en milieu restreint que le prochain énorme problème de santé publique ( après le cancer , puis le sida) sera les maladies respiratoires. Des rapports existent maintenant, qui ont nécessité des années de recoupements, méthode scientifique oblige. La reconversion du système de production et des réseaux de distribution prendra des années. Mais sachons-le car c’est déjà l’expérience, les solutions sont simples et économiques: vélos et voitures électriques. Nous avions vu que Kopenhagen a fait le pas, où les vélos sont majoritaires.

Le soir, il fait un silence vraiment audible (on entend seulement de l’intérieur, je crois, notre cerveau qui s’irrigue). Le ciel est noir. Des lanternes rouges qui clignotent ? Les éoliennes. Des lumières de satellites ? D’autres qui ne sont pas des avions de ligne mais probablement des militaires, au vu des trajectoires irrégulières en duo et parfois très proches. Mais elles sont très loin, pas de son. Je me rappelle quelques pas hors d’un camp en Tanzanie, même silence, l’imagination suggérant pas tout à fait hors de propos la présence attentive et plus que discrète d’un ? d’un lion, tant qu’à faire… et l’arrêt d’une jeep qui m’intime de rentrer fissa au camp. Bref, nous goûtons à deux la solitude d’un silence ici non apeuré et d’une nuit douce, n’est-ce pas un vrai bonheur ?

Le lendemain, mercredi 7 septembre, après un bon petit-déj – c’est toujours pour nous un des grands moments des vélo-randonnées ! – nous partons pour Reynel. Via Saudron, Cirfontaines, Lezéville, Grand, Leurville, Humberville, Rimaucourt.

Avant Saudron, nous longeons un petit site du CEA (Commissariat à l’énergie atomique). Cela a-t-il à voir avec les déchets radio-actifs et leur enfouissement ? Je vais donc maintenant en r»édigeant voir ce dont il s’agit via google. Voilà, je lis : c’est un site où le CEA met au point un carburant dit de 2ème génération selon le procédé BTL ; biomass to liquid, à partir de produits forestiers. Ah ? En tous cas, ça avait l’ait totalement inactif.

Saudron fait partie de Bure, où l’enfouissement des déchets radio-actifs est prévu. A vrai dire, c’est en écrivant que je m’en aperçois : partant au grand soleil matinal et abordant une superbe descente sur un parfait asphalte, nous n’y pensons pas du tout.

Nous zigzaguons un peu et passons par Grand, seul village où nous trouverons un magasin alimentaire nous dit-on, qui s’avère ouvert à différentes heures et juste le quart d’heure où nous passons. Ouf. C’est un fait qu’il n’y a plus aucun commerce dans tous les villages que nous traversons. Nous découvrons que Grand offre une particularité intéressante : les ruines d’un amphithéâtre romain et d’un temple dédié à Artémis, construits ici alors même que le village se situait loin des routes romaines. L’explication proposée est celle d’un culte divin particulier pour lequel les gens affluaient à l’époque. A l’abri de quelques arbres, nous picniquons, puis voyons arriver un couple similaire au nôtre, vélo-randoneurs assez chargés puisqu’ils vont en camping. Ils nous donnent plein d’optimisme car ils semblent bien qu’ils aient quelques années d’avance sur nous…La dame nous fournit moultes informations, que le monsieur rectifie parfois discrètement.

Dans l’après-midi, nous apprenons en longeant plusieurs fois des usines perdues dans la verdure, que la Haute Marne est depuis longtemps et demeure une terre industrielle de métallurgie. Au détour de la route, en pleine campagne, une longue usine, comme une forteresse bien fermée. Mine de fer de Loraine et bois des forêts puis mines de charbon du nord pour le combustible. A deux reprises, panneaux d’Arcelor Mittal. Renseignements pris par bavardages ici ou là, une usine va fermer, l’autre continue. S’applique la loi de la mondialisation, celle des avantages comparatifs. Telle usine qui fabrique des métaux pour la chirurgie prospère, telle autre qui produit des gros tubes moins sophistiqués loupe des appels d’offre, telle autre prospère avec des matériaux ultra performants, une usine spécialisée dans les œuvres d’art monumentales reçoit de s commandes d’Asie.

Assez fatigués par quelques grimpettes, nous faisons une pause à Rimaucourt avant de revenir en arrière pour entamer la montée prévue pour Reynel. Des gamins nous indiquent que oui, il y a un endroit à boissons dans le village. Ouf ! En fait c’est un petit restaurant qui fonctionne le midi uniquement avec une clientèle locale. Le patron fait tout, il y a cependant un jeune qui fait un stage en vu d’un apprentissage. Nous bavardons et nous nous offrons des sortes de biscuits faits maison, bourrés de crème et de sucre, très bon pour la montée qui nous attend.

Celle-ci n’a pas été si terrible, nous n’avons pas eu à mettre pied à terre.

Mme nous accueille avec gentillesse et simplicité. Une maison agrandie, située le long de la route hors du village, où plusieurs chambres très confortables sont aménagées. Son fils handicapé vit sur place. Des fleurs, des légumes, des fruits, des poules naines, des oies dont deux domptées par Monsieur. Il range lui-même nos vélos dans le garage, c’est dire la qualité de l’accueil. Nous mangeons nos provisions à table dans le jardin, car il fait toujours un temps extraordinairement beau. Nous marchons ensuite dans le village et trois personnes assises devant chez elles nous regardent, quel spectacle exceptionnel, et après salutations réciproques, nous indiquent que oui, il n’y a qu’à rentrer dans le parc du château malgré les interdictions dues à des travaux d’assainissement. Nous découvrons la belle propriété d’une famille venue de Belgique en 1947. Des pensées arrivent, fortune faite dans les années précédentes et mise à l’abri ?

Ce château est très bien situé, surplombant un vallon profond et allongé. Beau bâtiment, mais quelle charge ! Ils organisent des évènements. Pour l’instant, une lampe allumée à une fenêtre pour faire croire à une présence. A l’horizon lointain, une file d’éoliennes qui clignotent puisque la nuit arrive déjà ( septembre) comme un feu d’artifice trop régulier ; des robots amicaux nous font donc un clin d’œil, bien calculé: « Oui, vous pouvez compter sur nous ». Ce département est, nous l’avons déjà vu et le reverrons, plein d’éoliennes.

Cette maison d’hôtes abrite plusieurs ouvriers qui travaillent sur des chantiers parfois plusieurs semaines d’affilée et qui préfèrent loger ici qu’à l’hôtel.

J’ai bouquiné une demi-heure, ça sera la dernière fois de la rando, à cause de la fatigue certes mais surtout, je crois, de la disparition du besoin de lire !

p1080757Le lendemain, jeudi, cap sur Vécqueville, à côté de Joinville. Reynel, Epizon, Doulaincourt,Donjeux, Joinville.

Grand soleil et pleine campagne, routes superbes mais de vraies montées. Avec un peu de vent qui fait tourner les éoliennes.

Nous avons volontairement fait un détour puisque Vecqueville n’est pas loin, 35 kms environ, si l’on y allait directement. Nous sommes récompensés par le paysage très grand, nous roulons en hauteur sur le plateau. Mais nous fatiguons un peu. Nous choisissons sur la carte une mini-route dans du vert, c’est à dire une forêt, pour rejoindre la Marne. La prévision s’avère correcte, nous nous offrons une très longue descente en pente douce de plusieurs kilomètres avec un bon revêtement, sans aucun véhicule, dans une très belle forêt. Le grand plaisir du vélo-randonneur : déplacement en repos, énergie consommée zéro, pollution zéro, nature en direct avec des oiseaux qui lancent de loin en loin des cris d’alerte en nous voyant arriver.

Arrivés le long de la Marne, nous trouvons un canal. Finalement, c’est difficile à croire mais dans ce coin, nous ne trouvons que le bord de la piste à l’ombre d’un arbre pour le picnic. Il arrive un moment où l’on a envie de s’arrêter mais où les kilomètres s’enfilent à la recherche du coin idéal. Il faut savoir stopper… et parfois, en repartant, on trouve 800 m. plus loin LE coin idéal. C’est comme ça.

Maintenant, plein nord le long du canal de la Marne à la Saône.

C’est beaucoup plus rapide que dans la campagne avec les côtes, pas de doute. Mais un peu monotone aussi. Comme il fait chaud, c’est bon de rouler auprès de l’eau. A cet endroit, le canal est plus haut que les champs. A Joinville, nous repérons le départ vers Vecqueville et faisons une pause glaces (moi) et boissons (nous deux) dans un établissement où nous entendons l’accent du cru et une grande assemblée de famille qui sort à haute voix des drôles d’affaires sur un tel et une telle. Pas le style Woody Allen et plus authentique. Comme il n’est que 14h, nous faisons encore un petit extra le long du canal pour visualiser le trajet du lendemain. Il y a là aussi une usine métallurgique au milieu des arbres.

Pour nous bien renseigner pour rejoindre la chambre d’hôte et savoir s’il y a une voie plus astucieuse pour grimper sur le plateau, nous stoppons près d’une dame qui promène son petit chien. Elle nous indique une option compliquée, que d’ailleurs avec inconséquence, nous abandonnerons ensuite au premier panneau indiquant Vecqueville. mais nous bavardons aussi un peu, nous l’interrogeons sur l’usine. Son beau-fils y travaille, « son chef n’est pas bon et ne connaît pas les trucs pour réaliser une bonne pièce » (est-ce une bonne coulée ?) « Il y a trop d’administratifs », « parfois ils perdent des appels d’offre, c’est dur. »

Nous revenons à Joinville et entamons la montée vers la chambre d’hôtes. Comme partout ailleurs, l’eau a creusé des vallées et les villes se situent le long de l’eau. Ca peut donner de sacrées pentes. Et c’est bien le cas. Nous devons mettre à un moment pied à terre, alors même que le plus petit développement est si court qu’il faut faire attention à garder l’équilibre ! C’est là que les mots d’un récit sont insuffisants ! Par contre nous refaisons l’expérience que n’avoir pas le choix libère (…à méditer…), nous délivre en tous cas des jérémiades éventuelles auto-centrées. Un courage (n’exagérons pas…) proportionné à la situation nous survient et nous montons comme des tortues, sachant bien qu’à la

fin nous y arriverons. Ah, mais !!! (Les bicyclettes du vierminh, c’était autre chose…).

Nous arrivons dans un vrai domaine. Un grand corps de bâtiment. La chambre d’hôte qui nous est allouée est carrément l’œuvre d’une artiste avec des trouvailles originales de cloisons en osier (fait dans la région) et, vraiment originale, une toilette en forme de cabanon en bois posé avec son toit dans la chambre ! Salle d’eau sublime. J’espère qu’ils ont eu des subventions.

Bref, magnifique, temps superbe, champs coupés sur des dizaines d’hectares jusqu’aux forêts. Après les douches, Fitje met ses affaires en place, je repère une chaise-longue en bois dans le grand jardin. J’y profite, dans la quiétude d’une fatigue rafraîchie par la douche, du calme et de la lumière, ce qui engendre sans surprise un sommeil réparateur d’ailleurs dûment escompté.

C’est la formule de la table d’hôte. Note hôtesse abat un énorme boulot car elle s’occupe de tout : chambres, réservations, cuisine, courses. Apéritif avec produits de la ferme. Trois français, un conducteur d’engin, deux qui font des sondages sous-terrains à la redherche de déchets, je crois comprendre pour le site EDF de ST Dizier, mais pas sûr. Et puis deux couples de belges flamands, dont une dame handicapée. La conversation ne démarre pas trop. Côté francophone, un des gars est originaire d’Oloron (où j’ai de la famille), ce qui facilite le contact ! Puis une brève dérive du côté de la politique mais comme arrivent vite des propos sur les « tous pourris », je coupe après avoir défendu les gens qui exercent ce métier difficile et où il faut contenter tout le monde. Est-ce possible ? même au niveau d’un village ? Mais nous n’allons pas nous gâcher l’atmosphère. Long repas, c’est donc dire trop long, et repos vers 22h30. Monsieur, qui a beaucoup d’engagements car il est adjoint au maire de Joinville, nous rejoint en cours de repas. Ils ont eu quatre enfants et deux d’entre eux vivent ici avec femmes et enfants. Ils ont le boulot à l’extérieur. Il possède plus de 400 hectares, sachant que le seuil pour vivre ici comme agriculteur est d’environ 250 hectares. Comme il reste un bon tiers des bâtiments à rénover, il a encore plein de projets. C’est un monsieur d’envergure, sans doute patriarche, mais moderne et entreprenant : il faut l’être pour se lancer comme ça, et ça marche en tous cas. Comme je l’ai écrit, sa femme assure, sinon rien ne serait possible, tout simplement.

Le lendemain, dès le réveil, la lumière me fait lever tout de suite (exceptionnel !) et je sais pourquoi : une séance de Tai-ji et Qi Cong impromptue, improvisée et bienfaisante m’attend, elle ne se dérobe pas, et c’est comme la salutation au soleil des hindous.

Petit déjeuner et nous partons. Vendredi.

Après une descente réfrigérante dans une fente du terrain très encaissée et en pleine forêt, nous optons pour rejoindre le canal. Evidement, ça avance bien et finalement nous décidons de lsuivre jusqu’à St Dizier au lieu d’obliquer vers le lac du Der. Visite de st Dizier centre. Une excellente boulangerie /pâtisserie conseillée par une dame piétonne, puis une bonne pause café à une heure creuse où quelques clients se laissent aller doucement. Il est 11h, heure toujours excellente : la plupart du temps, un bon bout de chemin a déjà été parcouru, car les heures matinales sont les plus rapides, et nous sommes contents d’arrêter quoique nous ne soyons pas vraiment fatigués. Bref c’est archi-agréable, sentiment d’être en vacances…De plus, aujourd’hui, nous étions sur du plat.

St Dizier me laisse le souvenir d’une petite ville d’une propreté impeccable. Par contre, le bruit des avions militaires est là. Et quand nous repartons le long du canal, nous voyons de loin la base aérienne militaire, à quelques kilomètres du centyre seulement.

Nous roulons dare-dare jusqu’au lac du Der. Le lac est loin d’être plein, puisque des étendues de vase apparaissent avant l’eau. Picnic sur un banc au bord des embarcations de plaisance. Il y a un petit port, avec un bar pour les membres du club. Il fait vraiment chaud. Plusieurs voitures, dont une provenant d’Allemagne, arrivent pour préparer les bateaux pour la virée du week-end sur le lac. Nous allons sur une plage, mais finalement, je préfère me baigner en prenant une douche froide dans une installation de plein air. Les baignades océaniques ne sont pas assez loin…

Nous roulons tranquillement dans les forêts qui bordent le lac, puis faisons un bon détour pour aller trouver du pain pour notre repas du soir : nous serons en chambre d’hôtes, mais pas de table d’hôtes. En roulant, nous voyons plusieurs maisons et une église recouverte de bardeaux, protection contre le froid ?En fin de journée, plusieurs kilomètres qui nous paraissent assez long (notion de l’espace-temps exactement !) puis une belle côte pour arriver à Hauteville. La rue centrale est faite de maisons contigües, un peu comme des villages vus en Roumanie. Une sorte de mini-muraille fermée. Un monsieur âgé qui me fait penser à mon grand-père, très accueillant, franc et net, nous ouvre la porte et, surprise nous pénétrons dans une très longue cour, un corps de bâtiments impressionnant. Au fond, dans l’ancienne grange, ô merveille inattendue, un jacouzi. Une soi-disant chambre en forme de petit appartement, avec grande chambre à coucher et grande sale d’eau à l’étage, petite cuisine en bas.

Les autres hôtes sont un groupe de travailleurs roumains, qui travaillent sur un gros chantier EDF de St Dizier. qui gérera la logistique déchets nucléaires dans le coin ( Bure). Trois hommes assez jeunes. Le soir, lorsque nous prenons notre repas pas loin

d’eux, installés dehors à une autre table, une voie métallique se mêle à la conversation : liaison téléphonique de longue durée. Ils ont trouvé la bonne formule.

Le lendemain, samedi, les roumains nettoient leur linge, petit-déjeunent en téléphonant non-stop. Ca nous relie à la vie active et au passage du temps. Je me dis que la réaction anti-étranger qui se généralise dit-on, et s’est accrue avec les suites de la guerre en Syrie, en plus d’être une faute morale, est tout simplement une erreur économique.

En tous cas, ça se passe très bien. Notre hôtesse nous racontera que certains, au début, dormaient sur les couvertures…

Vu leur âge, ils cherchent à vendre le bâtiment qui est vraiment bien équipé. Mais justement, ça n’est pas une petite affaire.

Ce samedi, après un excellent peti-déj, en route pour notre retour à Bar le Duc.

Retour d’abord vers st Dizier le long du canal, puis nous empruntons une route «  blanche » sur la carte, et non bien sûr, la nationale qui va directement à Bar-le-Duc. Magnifique et large route ??? Mais c’est en fait un raccourci et la route qui va directement vers le nord. Magnifique forêt, mais nous entendons de loin arriver les bagnoles et ça y va. Heureusement, après 7 kms, nous pouvons obliquer vers Bar-le Duc en passant par l’abbaye de trois fontaines, en fait un beau parc d’accès gratuit qui comporte les ruines de l’ancienne église. Et là, personne.

Arrivés en ville sans avoir pu nous décider pour un beau coi n picnic, nous prenons notre sandwiche le long de l’eau, trouvons ensuite un bon café sur la voie principale, puis retrouvons Mme et récupérons les clefs de la voiture.

Au début, je roule très pépère et ensuite, lorsque je suis réhabitué, j’apprécie pleinement la commodité de ce jouet à quatre roues bien pratique qui nous ramène en quatre heures près de Bruxelles.

p1080790p1080748Mais ceci ne doit pas effacer pas ce que ce récit a voulu être :

un éloge de la rando-vélo !

Sicilia

SICILIA

 Nous sommes début novembre et avons depuis une semaine pratiquement fait le tour de l’île. Agrigente nous a laissé un fort souvenir, nous étions en chambre d’hôtes dans une maison très ancienne retapée par des gens qui fuyaient la promiscuité d’un grand immeuble. Vielle maison en escaliers et dédales, entièrement à l’abri de la ruelle et de la chaleur. Le monsieur s’occupe de nous et nous donne tous les renseignements pour visiter la ville, à commencer par le parking pour la voiture. La ville est en fait sur une élévation, éloignée de la côte. Les deux temples grecs sont visibles vers l’est, reliés par un chemin de dalles, visités par des millions de touristes. Ce sont des ruines qui dégagent une impression de solidité et de force. Les grecs ont conquis l’esprit de leurs conquérants romains et ont de plus laissé ces traces qui témoignent à la fois de l’usure certaine du temps et de la survivance possibles des idées.

Nous avons traversé la Sicile montagneuse via des autoroutes sont on se demande parfois pourquoi elles sont en hauteur sur des kilomètres ( un lobby du béton?) et nous sommes arrêtés à  Enna, ville perchée en plein centre de la Sicile, un peu à l’écart du flot touristique pour nous donner l’impression d’être plus en contact avec les siciliens. Parce que de temps en temps, si l’on fait attention, on peut saisir tel ou tel détail, attitude et peut-être au moins imaginer comment on vit ici. Mais il est certain qu’un bon roman en apprendrait infiniment plus. Il est bon de voyager pour se donner envie de lire! Puissance de la littérature.

La villa imperiale del casale est un endroit magnifique qui témoigne d’un art de vivre qui nous ferait regretter la précipitation moderne. L’habitat vaste modulé par le climat, les fresques qui nous parlent des bêtes d’Afrique et des jeux et danses d’alors: la dolce vita depuis très longtemps, pour les uns.

Arrivés à Santa Venerina, à l’est de l’Etna, quelques kilomètres dansles terres, nous avons dormi chez un ami qui possède des citronniers et qui a la sagesse de vivre de cela seulement, sa femme étant professeur de langues. Repaire agréable et bien caché. Nous avons randonné dans le massif de l’Etna, et avons mieux compris pourquoi on habite sur les pentes d’un volcan. C’est ultra-fertile par les laves pleines de micro-trous et de minéraux, c’est arrosé et irriguable car il pleut au moins en haut, plus les nuages et la brume générés par le relief et donc l’eau dégringole en abondance. Et le sommet parait si loin qu’on a le temps de voir venir en cas d’éruption?

Nous avons évité Catane, ville active et visité la presqu’île de Syracusa au grand soleil. Vieilles habitations, rénovations, rues blanches, place marbrée; un gigantesque ficus près de la mer, des glaces délicieuses, une serveuse très nature.

Nous avons retraversé la Sicile en une matinée tranquille d’une autoroute presque vide. Nous arrivons à Palermo, très grande zone urbanisée qui occupe toute la place entre deux montagnes et la mer, mettons 10 kms de profondeur montant progressivement vers les montagnes qui l’encerclent sur 15kms de largeur ? L’autoroute se termine sur un grand carrefour rond-point et nous prenons la rue Otero. Après le calme, sinon la tempête, du moins l’animation extrême. Une grande rue où le trafic se fait dans les deux sens avec des véhicules de tous genres, vélos, motos, tricycles, bus, voitures en majorité petites, des piétons qui traversent, des véhicules garés en double file…c’est une circulation dense et souple où l’adaptation à ce qui surgit est de rigueur et de tous les instants. La règle semble bien être la suivante : non une notion stricte de priorité mais une estimation du possible à faire dans le moment et qui tient compte des vitesses respectives des véhicules. L’application de cette règle se fait sans agressivité me semble-t-il. On peut même ressentir ce style de conduite de manière ludique et par exemple le définir comme une attention vigilante apportée à l’autre ?N’exagérons pas…Par contre c’est sans exagération que je dirai qu’un miracle s’est produit ce jour là en notre faveur : j’ai trouvé une place de stationnement dans les 5 minutes à deux pas de l’hôtel.

L’intérieur de l’hôtel est tout à fait moderne, sauf le vieil ascenseur charmant et bruyant dont la porte claque. Notre chambre est parfaite, mais donne sur la courette intérieure où les tuyaux d’évacuation prolifèrent.Nous sommes donc logés en plein centre, comme prévu, pour nous faciliter l’exploration à pied de Palermo.

Ce premier après-midi, nous allons découvrir le château des Normands et sa Capilla reale. Chapelle de style byzantin entièrement couverte de mosaïques illustrant des scènes bibliques. Il y a peu de touristes, ce qui nous permet d’apprécier une ambiance certainement favorable à la prière. Mais pour cela, il faudrait rester après la fermeture. Les dimensions de cette chapelle lui conservent un caractère paisible et sacré. C’est vraiment une splendeur.

A l’étage supérieur, les députés siciliens sont en séance et nous ne pouvons pas accéder à la visite des appartements. Mais un anglais rencontré le lendemain au petit-déjeuner nous dira que ça n’est pas à regretter.

Nous poursuivons ensuite nos déambulations dans les rues, un plan à la main. Beaucoup de petits commerces, une grande cathédrale, des églises par ci par là, une boutique d’où téléphoner, des rues en sens unique avec des bus. L’atmosphère est agréable, très libre.

En revenant vers l’hôtel, nous passons par une rue où des artisans travaillent le zinc et le métal. Plein de petits ateliers, qui nous font penser à Essaouira, où, dans la rue parallèle à la rue commerçante, les artisans nichés dans de petits espaces fabriquent les objets vendus aux touristes. Ici, ils sont quand même plus à l’aise, avec plus de machines. Mais le tissu et le circuit économiques sont comparables.Le soir, nous restons au restaurant de l’hôtel qui est au sommet du bâtiment.

Le lendemain, petit-déj au même endroit, d’où nous voyons les toits de Palermo, de couleur beige clair, les montagnes qui entourent le site. Il fait très doux. Très souvent des bruits de sirènes retentissent ici ou là, difficiles à localiser. Des cloches d’ églises se mettent à sonner.Nous allons aujourd’hui arpenter tout le centre de Palermo.Une longue rue aux multiples commerces, soudain des ruines au milieu des bâtiments, des musées qui racontent les traces des multiples « envahisseurs » de l’île, Grecs, Normands, Arabes.Au musée de Palermo, une tête exceptionnelle retient notre admiration et plus loin, au même étage, une peinture extraordinaire : le portrait d’une jeune femme, que nous comparerons à Mona Lisa et son sourire, mais pour préférer celle-ci.Nous faisons une pause au jardin botanique et nous reposons dans un bar à gâteaux. Les pâtisseries sont irrésistibles.

Le soir nous décidons de nous mettre en quête d’un quartier un peu huppé et nous le trouvons, bien internationalisé pour les devantures des magasins. Sur le boulevard piétonnier façon Ramblas il fait bon vivre, à lire son journal papier devant un vrai café.

Le lendemain, nous visiterons Monreale, une formidable cathédrale entièrement recouverte de mosaïques byzantines, comme une un immense livre d’enseignement qui retraçait pour les illettrés d’alors la saga biblique. Les dimensions sont impressionantes. Il n’est pas exagéré d’écrire que si l’onpeut voyager, il faut avoir vu Monreale une fois dans sa vie.

Palermo nous a laissé l’impression d’une ville très vivante, mais comme négligée. Les siècles ont passé et elle se croit éternelle. Les Palermitains devraient faire attention à ne pas la laisser tomber en loques. Mais il flotte dans l’air un sorte de bouillonnement de vie : tout doit y être possible, de la paresse à l’invention, de la négociation silencieuse à la brutalité, de la crasse à la beauté.
Le passant voit bien qu’il ne peut rien en saisir. Et sans doute même après des années. Alors ? Eh ! bien, en deux jours vous pouvez admirer des splendeurs et imaginer ici un monde très charnel.

La Sicile peut séduire! Un voyage incite à se plonger dans son histoire entremêlée de civilisations qui l’ont recouverte successivement depuis des siècles.

 PALERMO, 2d récit.

Après deux bonnes heures par autoroute venant de Catania, près d’arriver à Palermo, nous sortons à Triaba pour faire une halte au bord de l’eau, près d’un petit port de plaisance. Pause très agréable par temps très doux. Puis nous repartons et arrivons à Palermo, très grande zone urbanisée qui occupe toute la place entre deux montagnes et la mer, mettons 10 kms de profondeur montant progressivement vers les montagnes qui l’encerclent sur 15kms de largeur environ.

L’autoroute se termine sur un grand carrefour rond-point et nous prenons la rue Otero. Après le calme, voici, sinon la tempête, du moins l’animation extrême. Une grande rue où le trafic se fait dans les deux sens avec des véhicules de tous genres, vélos, motos, tricycles, bus, voitures en majorité petites, des piétons qui traversent, des véhicules garés en double file…c’est une circulation dense et souple où l’adaptation à ce qui surgit est de rigueur et de tous les instants. La règle semble bien être la suivante : non pas une notion stricte de priorité mais une estimation du possible à faire dans le moment et qui tient compte des vitesses respectives des véhicules. L’application de cette règle se fait sans agressivité me semble-t-il. On peut même ressentir ce style de conduite de manière ludique et par exemple le définir comme une attention vigilante apportée à l’autre ? Pas sûr.

N’exagérons pas…Par contre c’est sans exagération que je dirai qu’un miracle s’est produit ce jour là en notre faveur : j’ai trouvé une place de stationnement dans les 5 minutes à deux pas de l’hôtel.

L’intérieur de l’hôtel est tout à fait moderne, sauf le vieil ascenseur charmant et bruyant dont la porte claque. Notre chambre est parfaite, mais donne sur la courette intérieure où les tuyaux d’évacuation prolifèrent.

Nous sommes donc logés en plein centre, comme prévu, pour nous faciliter l’exploration à pied de Palermo.

Ce premier après-midi, nous allons découvrir le château des Normands et sa Capilla Reale. Chapelle de style byzantin entièrement couverte de mosaïques illustrant des scènes bibliques. Il y a peu de touristes, ce qui nous permet d’apprécier une ambiance certainement favorable à la prière. Mais pour cela, il faudrait rester après la fermeture. Les dimensions de cette chapelle lui conservent un caractère intime et paisible qui apprivoise le sacré. C’est vraiment une splendeur. A l’étage supérieur, les députés siciliens sont en séance et nous ne pouvons pas accéder à la visite des appartements. Mais un anglais rencontré le lendemain sur la terrasse del’hôtel au petit-déjeuner nous dira que ça n’est pas à regretter.

Nous poursuivons ensuite nos déambulations dans les rues, un plan à la main. Beaucoup de petits commerces, une grande cathédrale, des églises par ci par là, une boutique d’où téléphoner, des rues en sens unique avec des bus. L’atmosphère est agréable, très libre.

En revenant vers l’hôtel, nous passons par une rue où des artisans travaillent le zinc et le métal. Plein de petits ateliers, qui nous font penser à Essaouira, où, dans la rue parallèle à la rue commerçante, les artisans nichés dans de petits espaces fabriquent les objets vendus aux touristes. Ici, ils sont quand même plus à l’aise, avec plus de machines. Mais le tissu et le circuit économiques sont comparables.

Le soir, nous restons au restaurant de l’hôtel qui est au sommet du bâtiment. Le lendemain, petit-déj au même endroit, d’où nous voyons les toits de Palermo, de couleur beige clair, les montagnes qui entourent le site. Il fait très doux. Très souvent, des sirènes d’ambulance, ou de la police ou des pompiers ( ? ) retentissent ici ou là, difficiles à localiser. Les cloches des églises à sonnent ici et là. Nous allons aujourd’hui arpenter tout le centre de Palermo.

Une longue rue aux multiples commerces, soudain des ruines au milieu des bâtiments, des musées qui racontent les traces des multiples « envahisseurs » de l’île, Grecs, Normands, Arabes. Au musée de Palermo, une tête sculptée exceptionnelle retient notre admiration et plus loin, au même étage, une peinture extraordinaire : le portrait d’une jeune femme, que nous comparerons à Mona Lisa et son sourire, et pour préférer celle-ci. Nous faisons une pause au jardin botanique et nous reposons dans un bar à gâteaux. Les pâtisseries sont irrésistibles.

Ce soir, nous décidons de nous mettre en quête d’un quartier un peu huppé et nous le trouvons, les devantures des magasins bien internationalisées le signalent. Sur le boulevard piétonnier, façon Ramblas, il fait bon vivre, à lire son journal papier devant un vrai café.

Le lendemain, nous visiterons Monreale, une formidable cathédrale entièrement recouverte de mosaïques byzantines,  immense livre d’enseignement qui retraçait pour les illettrés d’alors la saga biblique. Les dimensions sont impressionnantes. Il n’est pas exagéré d’écrire que si l’on peut voyager, il faut avoir vu Monreale une fois dans sa vie.

Palermo nous a laissé l’impression d’une ville très vivante, mais comme négligée. Les siècles ont passé et elle se croit éternelle. Les Palermitains devraient faire attention à ne pas la laisser tomber en loques. Mais il flotte dans l’air un sorte de bouillonnement de vie : tout doit y être possible, de la paresse à l’invention, de la négociation silencieuse à la brutalité, de la crasse à la beauté.

Le passant voit bien qu’il ne peut rien en saisir. Et sans doute même après des années. Et alors? Eh ! bien, pendant le temps que vous y passerez, pour nous ce furent seulement deux jours, vous pourrez admirer des splendeurs qui durent et imaginer ici un monde très charnel : plein de vie, de complications, de résilience, de savoir-vivre, de dureté et d’accueil distant mais réel.

Hermitage Museum

 AMSTERDAM, Hermitage museum.

16/07/2015

Portrait Gallery of the Golden Age

Nous traversons la cour d’un grand ensemble carré à trois étages qui abritait un hospice pour personnes âgées au 17ème siècle.

Nous voilà bientôt en face d’immenses tableaux consacrés aux hommes et femmes qui firent la puissance d’Amsterdam et des Provinces–Unies au 17ème siècle.

A côté des tableaux, les panneaux explicatifs sont synthétiques et précis.

Ces personnages nous regardent droit dans les yeux, ils sont peints pour passer à la postérité et ont payé pour cela.

Dans la première moitié du 17ème siècle qui sera son siècle d’or, les Hollandais luttent pour s’émanciper de la domination espagnole et catholique. Cette lutte est menée pendant un demi-siècle par une classe de marchands qui apparaît et s’organise militairement pour se défendre et porter secours à d’autres villes menacées. La division religieuse recoupe totalement ce conflit profond d’intérêts : la Hollande est pour la Réforme et c’est la branche calviniste qui s’implante là. Calvin est français et vit en Suisse. Sa doctrine qui insiste sur le choix de la foi, de l’intégrité morale, mais aussi sur la grâce et la prédestination trouve un terreau dans le caractère entier et épris de vérité de cette population, qui est prête à affronter même Dieu face à face. La division religieuse permet aussi de s’identifier comme groupe face à un ennemi commun clairement identifié et détesté.

Ce qu’il faut admirer chez ces hommes solides, aimant la bonne chère, aimant le risque et sachant compter, vêtus de costumes sombres qui indiquent très discrètement les situations de pouvoir, c’est la pleine acceptation de l’économie marchande liée à un goût pour l’aventure et l’entreprise. En effet, cela n’est pas rien à l’époque de partir en mer. Les vaisseaux sont de véritables villages embarqués, la navigation se compte en semaines (six mois pour l’extrême-Orient) et les conditions sanitaires sont dramatiques : sur 300 personnes au départ, reviennent en Europe la moitié, 150 sont mortes en route. Quand les vaisseaux reviennent !

Ce fait premier explique à la fois l’énormité des pertes en cas d’échec et en conséquence la démesure des marges commerciales rendues nécessaires par l’incertitude du succès.

Ces marchands s’organisent donc en corporations, guildes, et s’aventurent sur les océans. Ils créent un commerce mondial et l’argent s’accumule par l’entreprise et le risque. Bien en accord avec cet état d’esprit, le modèle politique qui voit le jour est celui d’une République par opposition à tous les autres royaumes d’Europe où ne règnent à cette époque que des aristocraties et des monarchies.

On peut imaginer la force d’âme qui se cache derrière ces visages qui veulent faire bonne figure et y réussissent sans affectation semble-t-il. Nous sommes à l’heure de la Renaissance et Rembrandt a été à l’école italienne. Le monde de la peinture témoigne de ce tournant à 180° qui initie la période moderne et voit se former une humanité vouée au progrès des connaissances et des techniques. A cette orientation et ouverture vers des potentiels inouïs comme l’histoire l’a démontré, correspond un changement capital dans le monde mental collectif.

Au contraire de la chrétienté catholique qui suspecte l’argent comme pouvant à coup sûr nous éloigner de Dieu et de notre vocation à une fraternité – qui s’accommode cependant par ailleurs d’une hiérarchie en tous domaines y compris le domaine spirituel -, la Réforme modifie la donne : Dieu bénit celui qui fait fortune. Le résultat est là : l’argent devient un signe d’approbation divine au lieu d’être un élément suspect dans le parcours du bon chrétien ou de l’honnête homme.

La puissance du pays sera donc fondée sur le commerce. S’établit le règne du marchandage perpétuel, non seulement dans les affaires mais également dans la politique. Le mot « polderen » apparaît, qui signifie que les discussions peuvent durer exactement comme le travail incessant et indéfini de construction et maintien des polders, ces territoires gagnés sur lamer. Dans ce nouveau système social fondé sur des groupes d’entrepreneurs, la corporation des marchands rassemble des gens égaux en droit. Les conditions d’admission à ces corporations sont strictes, mais réelles sont les possibilités de progression. Le pouvoir est tenu par un bourgmestre dont l’élection est périodique et la nomination rotative. La forme et l’exercice du pouvoir en sont profondément transformés : le pouvoir politique s’exerce dans la négociation. De même, accéder au pouvoir est ouvert et non par naissance. Et cet accès est défini par des règles strictes et connues. Des fils d’immigrants parviennent à la fonction de bourgmestre.

En Hollande, après des siècles d’un tel fonctionnement social, la discussion est devenue l’usage social normal, en vue d’arriver à un consensus dans un esprit collectif de pragmatisme. On peut rapprocher de cette méthode toujours actuelle aux Pays-Bas de la tradition sociale française pauvre en négociation organisée et systématique et plutôt caractérisée par le modèle de la grêve préalable qui oblige le partenaire (ou l’ennemi) à négocier.

D’autre part les marchands vont créer un système d’aide aux pauvres et aux malades qui est expressément présenté dans les commentaires explicatifs aux tableaux comme un système destiné à prévenir les émeutes et le rebellions qui nuisent aux affaires. Les actions de solidarité ou d’initiative diverses sont le rôle reconnu des associations. Cela est toujours le cas aujourd’hui dans la société hollandaise.

Les commentaires en marge des tableaux ne dissimulent pas les coulisses de l’exploit. Tout d’abord, l’esprit démocratique n’empêche bien sûr pas la richesse et le capital financier réinvesti de tendre à l’accumulation. A l’intérieur du cercle des puissants, certaines familles deviennent durablement plus puissantes.

Ensuite, il nous est rappelé avec un exemple précis les fortunes faites avec la traite de africains. Ainsi, untel parmi les puissants signe un contrat avec l’Espagne aux termes duquel il doit fournir 4000 esclaves par an à l’Amérique. Le commerce avant tout.

Est évoquée aussi la rivalité constante avec l’Anglais. Cette rivalité commerciale durera jusqu’à la révolution industrielle qui consacrera la prééminence du British Empire au 19ème siècle. On notera cependant que cette rivalité s’exerce à l’intérieur du même mode de pensée mercantiliste, qui convient à deux pays à vocation maritime et de libre-échange économique.

On notera que pendant cette période qui est également le grand siècle de la France, il s’agit pour celle-ci, pays le plus peuplé d’Europe, de se consolider définitivement à l’intérieur de frontières plus ou moins naturelles pour l’obtention desquelles elle va de guerres en guerres. Il s’agit d’établir un pouvoir centralisé qui ne soit plus susceptible d’un démembrement par les principautés locales. S’établit alors en France une attitude sociale où les questions sont réglées par le haut et où la négociation est toujours minée par une lutte de pouvoir entre gens inégaux. On sait que le Révolution jacobine ne reviendra pas sur cela, l’exemple classique en étant le remplacement des intendants du roi pour régenter les provinces par le préfet, structure administrative toujours en place aujourd’hui. La France est donc unifiée par la force et un pouvoir absolu domine l’aristocratie, laquelle reste opposée aux marchands. Encore aujourd’hui, les Français s’en remettent à l’Etat pour les grands projets collectifs ou pour assurer un minimum de solidarité. Encore aujourd’hui les Français ont peine à s’accorder entre eux sans en référer à l’Etat et il est convenu que celui-ci intervient en cas de défaillance des partenaires sociaux ou lorsque ceux-ci ne s’accordent entre eux qu’avec le secours des finances publiques.

La visite de l’Hermitage Museum permet de s’attarder et de se laisser saisir par ces regards, où derrière la bonhommie pointe la dureté, la volonté prométhéenne d’entreprendre. Certes, l’avidité est en embuscade. Et hors les murs de la cité, pas de pitié. En témoignent les gibets aux portes de la ville, auxquels un simple vol pouvait mener. Mais en ce 17ème siècle, gloire aux marchands qui inventent le pouvoir partagé.

A voir comment demeurent dans la mentalité collective des néerlandais d’aujourd’hui ces traits de ce qu’on pourrait appeler une démocratie négociante, en affaires comme dans son fonctionnement social,  ce musée pourrait s’appeler : « Heritage Museum ».