INSTANT MAGIQUE

L’instant magique

Réveillé, je me demande que faire au lit? Rien. Je me lève, j’ai dormi au 1er étage, la maison en-dessous est silencieuse. Par la fenêtre, je vois un ciel tourmenté. Je pourrais simplement prendre la voiture et aller sur la côte, à un kilomètre d’ici pour profiter du paysage et de l’ambiance ? Oui.

Les rues sont désertes en ce mois de juillet, tôt ce matin, 7 heures. Passant devant la boulangerie où je suis un habitué épisodique, parce qu’elle se situe près d’ »Hirondelle », la maison où habite notre mère, je m’arrête et achète une belle brioche dorée et jaune, pour les « petits-enfants « (à 12 et 16 ans il va falloir changer d’appellation !), avec un grand bonjour à la boulangère qui émerge du sommeil mais me reconnait quand même… Je reprends la voiture et gare la voiture, une excellente petite Kia, à un parking qui donne au-dessus d’une des plages de Biarritz, la Milady ( de my lady je suppose, mais il faut prononcer miladi). Quelques malins ont repéré ces lieux et sont dans leur petit bus aménagés, campings-cars rustiques.

Face à moi, maintenant, la vue attendue, le large. Comme anticipé, c’est beau !

Des eaux multicolores selon les nuages ou les clartés dans le ciel. Du vert, du violet, du sombre. Un vent assez fort souffle, mais il fait doux. Très beau. La mer est forte, mais ça ne se devine que si l’on s’est baigné la veille: en ce moment de l’été, même à marée basse, les vagues qui s’avancent pleines d’écume sont impétueuses et les courants vraiment puissants,qui vous fauchenbt sans crier gare! A gauche, les montagnes du pays basque, couvertes de nuages épais qui défilent, formant un bloc sombre ; à droite, au loin, vers les Landes, un ruban de plages éclairé.

Un grain arrive, je me réfugie finalement dans la voiture, car ça se met à mouiller vraiment. Et si j’allais à Ondres, vers les Landes justement, puisque j’ai vu que de ce côté il fait clair ? Par l’autoroute, j’y serais en 20 minutes. Il est déjà 8h mais tous dorment encore ou ne se lèveront que d’ici une heure environ. J’hésite car c’est inhabituel, puis me décide: j’y vais.

Je suis rentré à 9h15. Entretemps, quelque chose sortant de l’ordinaire, s’est passé ou a passé.

Je suis arrivé là-bas, ai garé la voiture dans le parking encore vide. J’arrive sur le front de mer et repère des terrasses en bois pour faire un peu d’exercices, et marche trente mètres à l’écart de l’allée principale sur la gauche. Personne, sinon un employé que nettoie et passe à côté de moi. Nous échangeons un bonjour.

Sur l’allée principale passe une jeune femme, vêtue d’une serviette de bains et en sandales. Elle descend l’escalier de planches et avance droit sur le sable, vers l’Océan, sans se retourner ni regarder à gauche ou à droite. Je reprends mes exercices. Peu après, elle a parcouru d’un pas égal et lent la bonne centaine de mètres qui la séparent de l’eau. Il n’y a pas de vagues, l’Océan est d’un vert parfait, la plage est dorée, déserte, frangée d’une écume brillante, et la lumière, venant de l’est, de par-dessus la forêt de pins, éclaire fortement la plage et l’eau mouvante qui brille.

La dame se défait de son vêtement et avance nue vers l’eau. Elle s’y trempe lentement et entièrement, quelques secondes, ou une minute ? Puis ressort de l’Océan comme une sirène qui pourrait marcher, en toute beauté, ondulant à pas tranquilles pour remonter la pente légère. Je la vois d’assez loin et son mouvement n’en est que plus perceptible.

C’est comme au début du monde humain, c’est pour moi d’un coup la vérité et la liberté apparues, elle est magnifique.

Elle revient à ses affaires, s’enroule de son seul tissu et reprend ses sandales. Seule sur le sable, elle remonte tout droit, souveraine en sa nature. Quand elle se rapproche, je la quitte du regard sans même le vouloir, par respect. Je sens maintenant qu’il ne faut pas oublier cet instant magique et pur. Et je l’écris pour le préserver de l’oubli.

Beauté de la vie donnée, bonté.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.