Notre Dame de Paris: l’incendie

Incendie de Notre –Dame de Paris

Il faut s’attarder un peu sur cet événement de l’incendie de la cathédrale de Notre–Dame de Paris.

Il est quand même prodigieux, au sens d’un prodige à raconter et même à célébrer, que l’humanité soit maintenant en mesure d’éprouver par millions et centaines de millions d’individus, une émotion commune, suscitée par le même objet et ressentie de manière instantanée et simultanée sur tous les continents. 

L’humanité a donc, par l’intelligence qui lui a été confiée, su se montrer co-créatrice, et cela grâce à des perfectionnements faits, notons-le, aussi bien dans la paix que dans la guerre.

Constatons donc, pour ne pas nous y habituer, cette communication planétaire désormais, que nous semblons déjà considérer comme ordinaire, et qui l’est bien devenue !

Elle nous fait penser à la noosphère, concept de Teilhard de Chardin, qui la définissait comme une couche de conscience supplémentaire ajoutée par l’humanité aux différentes couches qui forment la planète, à commencer par la lithosphère en son centre, et qui donnent la possibilité de la vie à sa surface grâce à l’atmosphère et jusqu’à la stratosphère. De plus, le fait que le support de cette noosphère n’ait été mis en oeuvre que par une connaissance approfondie de la matière, surtout depuis le XXème siècle, n’aurait pu que le réjouir, lui qui voyait le cosmos animé d’une énergie immatérielle logée au coeur même de la matière, longtemps avant la découverte de la plénitude énergétique du vide par la théorie quantique.

Pourquoi cette émotion mondiale ?

Il est nécessaire ici de recourir aux travaux de Carl Jung, dont on espère ne pas trahir la pensée formidable et foisonnante en retenant quelques points qui nous semblent en l’occurrence pertinents.

C. Jung considérait, par son expérience de psychanalyste, que les faits psychiques sont aussi réels, et bien sûr d’un autre ordre, que les réalités physiques. De plus, dans ses recherches sur d’autres civilisations, sur le chamanisme notamment, il a mis au jour, entre autres, que le soi, le soi-même, le moi, le je, conscients, s’appuyaient (et devaient répondre, mais c’est un autre sujet) sur un Soi dans lequel pouvaient être identifiés des symboles fondamentaux, appelés archétypes. Ces archétypes, et il en a repéré plusieurs identiques dans diverses civilisations, étaient pour lui clairement universels.

La lumière, les ténèbres, l’éclair, la foudre, l’arc-en-ciel, l’horizon, la roue, certains animaux, et … la croix constituent de tels symboles. Ainsi, la roue peut symboliser la marche du temps, la croix symboliser l’aspiration humaine à l’infini en sa verticalité, et l’aspiration à la fraternité par son horizontalité. Il faut bien saisir qu’il ne s’agit pas d’élucubrations hasardeuses, mais d’une tentative d’approche de la vie intérieure de l’humain et de l’élaboration d’outils destinés à connaître l’inconscient. Cette approche vise à mieux vivre, en utilisant ce savoir pour reconnaître les aspirations de sa propre âme particulière non isolée des autres consciences de l’humanité.

Après un moment, la charpente du toit de la cathédrale, vue de surplomb, était celle d’une croix en feu, couchée à l’horizontale.

La destruction physique par le feu est toujours impressionnante, car au-delà d’une certaine température et, pour peu qu’activé par le vent, le feu devient absolument vorace et semble animé d’une énergie insaisissable (ce qui est physiquement bien le cas !). Mais, dans ce feu et sous cette forme cruciale, a été appelée au profond  de tous l’image symbolique inconsciente de la Croix. C’est cette image qui a touché et provoqué l’émotion de millions de personnes. Car elle réveillait en leur inconscient et affleurant à la conscience deux choses que porte ce symbole qui était la proie des flammes et en disparition visible : dans la dimension verticale, la stupéfaction devant le transcendant; dans la dimension horizontale, l’espérance fragile d’une fraternité illimitée. De plus, le feu lui-même, dans d’innombrables cérémonies et rites, est le symbole d’une destruction purificatrice. Qu’on pense aux crémations de l’hindouisme. On peut dire ainsi qu’une puissance symbolique nous a saisi, dans ces instants qui duraient et qui nous donnaient le sentiment confus d’une sorte d’impuissance, avec la force irrésistible d’un acte du destin. Il faut saisir ce moment rare et unique de ce qui fut une sorte de communion des inconscients.

Certes, des projections de l’ordre de l’avertissement, ou de l’ordre d’un rappel à la loi de la vie, y seront inévitablement et légitimement ajoutées, orientant la mémoire de l’événement par des désirs et des langages l’encadrant dans un peu de raisonnable. Où apparaît aussi, très puissante, cette projection et interprétation : ce symbole est activé au moment de la semaine sainte pour les chrétiens commémorant la Passion du Christ, qui culmine à la croix, signe tangible d’un amour inconditionnel ; et des photos ultérieures montreront la Croix dorée, brillante et intacte en son emplacement dans le chœur sur fond de murs noircis, malgré l’effondrement partiel de la voute.

Ce que cette émotion manifeste.

Pour la vie réelle de l’humanité, c’est à dire la vie intérieure de ses membres, c’est le phénomène en tant que tel, à la fois totalement collectif et profondément personnel, de cette vie symbolique partagée de la Croix enflammée, qui reste le véritable évènement, plus que la destruction physique de la charpente. De plus, (nous référant maintenant à l’œuvre de Michel Henry, dont nous reprenons des vocables en précisant qu’il ne s’agit pas de psychologie), il s’est agi d’un événement de la Vie. En effet, nous l’avons subi et il s’imposait à nous, préalablement à toute pensée discursive, comme la Vie, fondamentalement, nous affecte. Notre “corps subjectif” personnel s’est agrandi et, corollairement et non séparement ou autrement, le corps subjectif collectif de l’humanité a vibré.

On peut donc dire que cette émotion collective a manifesté une pulsation commune des membres de l’humanité mondiale qui nait actuellement et qu’il s’est agi, non pas d’un phénomène anecdotique, mais d’un phénomène constituant de humanité dans chacune de nos vies.

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