REPONSE A JOB . Occident et Orient

REPONSE A JOB

Carl Jung, dans son livre « Réponse à Job », se réfère au livre de Job, aux livres sapientiaux, au livre d’Henoch, à l’apocalypse johanique.

YAHWE est un Dieu tout-puissant, omniscient, mais il n’est pas neutre ni d’une sagesse objective ; il est capable du bien et du mal. Il est bienveillant, mais aussi jaloux et colérique. A vrai dire très humain, trop humain, plus proche d’eux que les dieux grecs ne le sont.

Pour Jung, cette vision biblique n’est pas de nature anthropologique, elle n’est pas une description indirecte de l’humain. Elle nous décrit bel et bien la nature de Dieu, vécue par les humains, dans leur inconscient et leur conscient. Dieu est à craindre dans les manifestations du mal. Celui-ci renvoie aux phénomènes naturels cataclysmiques comme aux guerres entre humains.

En amont de la révélation de Jésus-Christ d’un Dieu bon, ce Yawhé de « l’ancien testament » permet à Satan de tenter Job. L’argument de Satan, qui est un ange de lumière en intelligence avec Yawhé, est que Job ne craint et respecte Yawhé que parce qu’il a été comblé par la vie, selon le souhait et la bienveillance de Yqwhé, et que s’il perd son bonheur, qui est aussi bien matériel car il est riche qu’humain parce qu’une belle famille l’entoure, alors il ne bénira plus Yawhé.

Dieu laisse faire Satan, qui doit cependant laisser la vie à Job. Sympa !

Dieu est donc responsable du mal infligé à son serviteur. Dieu tout-puissant est capable du bien comme du mal.

Or Job va dire à Yawhé qu’Il commet une injustice, il demande raison à Yawhé. Pour C.Jung, il s’élève en tant qu’homme à la hauteur de Dieu. La réponse de Yawhé est de traiter Job comme un rien, lui rappelant que Job lui doit sa vie, même misérable, et lui signifiant sans discussion qu’il ne peut Le comprendre en aucune manière. Autrement dit : « Ferme-la ! » Job se résigne, mais il a dit son fait à Yawhé.

Toutefois, selon l’analyse de C. Jung, la résistance de Job et son affirmation par cela de sa dignité essentielle d’humain, réveille en Yawhé le souvenir de sa Sophia, cette Sagesse qui était avec Lui, et en Lui, lors de la fondation du monde. Ce souvenir pousse Dieu à se rapprocher de l’homme pour manifester sa bonté et rééquilbrer en lui la puissance de mal. D’où sa décision de s’incarner. Mais Yawhé garde en lui la composante de la capacité de nuire à ses créatures. Et Satan peut continuer à sévir, même si c’est seulement sur Terre désormais.

Jésus, Dieu incarné, va effectivement montrer un visage de Dieu prêt à secourir l’homme en partageant sa condition. Jésus refuse les tentations de Satan génératrices du mal : l’avoir, le pouvoir et le savoir utilisés pour soi-même et non comme un service (comme l’enseigne le lavement des pieds de ses disciples avant la Cène) et reste soumis à celui qu’il nomme son Abba, son Père. Dans la prière qu’il recommande de prononcer (le notre Père), il garde un élément de précaution vis-à-vis de ce Père tout-puissant (en bon et en mal). La formule « Et ne nous laisse pas entrer en tentation » ou « Et ne nos inducat in tentationem : ne nous soumet pas à la tentation » indique bien que Dieu admet le mal en l’homme et nous garde mortels de toutes façons. A cette précaution, s’ajoute une supplique «  mais délivre nous du mal », qui reconnaît là  la toute-puissance de Dieu.

La religion chrétienne a revendiqué un Dieu uniquement Amour, et fait peser la malédiction sur la liberté de choix de l’humain. Or la constatation persiste que le Créateur continue bel et bien de permettre le mal et la souffrance. L’homme n’a pas été réintégré au Paradis premier. Pourquoi le tout-puissant laisse-t-il cela en l’état?

Autre élément à charge : l’histoire des hommes se déroule désormais, depuis la résurrection du Christ, tendue vers le Jugement dernier. Le Christ jugera. La bonté de Dieu n’est donc pas absolue ? Ou sa miséricorde l’a-t-elle totalement envahi et a-t-elle noyé le mal en Lui ? Auquel cas tous seront absous ?

Ainsi, l’homme a pour tache d’élever Dieu et de Lui pardonner. De lui rappeler sa Bonté. C’est par le Christ que cette tache s’accomplit en Dieu Lui-même. Christ : vrai Dieu et vrai homme.

Nous avons à accomplir l’œuvre de Dieu malgré sa négligence et sa mansuétude envers Satan. Car le Christ a vu, il a vu «  Satan tomber sur la Terre en un éclair ». Nous avons à gagner contre ce Prince des ténèbres, fils répudié de Dieu qui pourtant ne l’a pas précipité dans le néant.

Voilà qui approfondit la vision du Dieu bon, qui n’est pas bonasse!

Comment filer alors vers l’Orient ?

En Orient le monisme est simple, il ne sépare pas la Nature entre un Créateur et un Créé. Tout est ici, mais visible et invisible.

Ici, la vision ne sépare pas un Dieu bon d’un univers en proie au mal. L’alternance du yin et du Yang sont inséparables dans la vie de l’univers comme dans la vie plus spécifiquement humaine. L’un mène à l’autre inéluctablement. Le mouvement de transformation est incessant, l’engendrement du yin et du yang est permanent et sans fin. Si l’on en vient aux catégories du bien et du mal, ceux-ci ne sont pas absolutisées, mais ils résident dans la phénoménalité du monde, liés intimement au mouvement de la vie. En quelque sorte, il faudrait minimiser le mal et maximiser le bien, dans une véritable économie de la vie. C’est le but de l’homme juste du confucianisme : il est équilibré et recherche la vertu grâce à un encadrement de son cheminement par ses devoirs.

La transformation permanente dans l’univers inspire au taoïsme une recherche en direction de l’esprit, du Souffle, Qi, de la force invisible qui englobe, suscite et manifeste en toute chose cette alternance toujours renouvelée dans le mouvement des éléments de l’univers et de la vie. Cet esprit, ce souffle n’est pas conçu comme un étant hors de l’univers,  mais comme la source invisible de tout. L’Origine,qui n’est pas le commencement. De même que la Création est le commencement du monde, non son Origine. Le taoÏsme, par ses rites ,vise à mette les dieux invisibles de son côté en rétablissant des harmonies perturbées. La pratique du QI Gong fait prendre conscience et facilite la circulation du Qi.

La vision d’un Dieu face auquel nous nous situons, auprès duquel nous protestons, dont nous pouvons espérer la miséricorde est donc radicalement différente de la vision orientale. Dans notre Occident intérieur, chaque goutte de l’océan lui est nécessaire.

Dans notre Orient intérieur, rien n’est dit de cette Puissance à laquelle on se soumet. Qu’est-ce qu’une goutte dans l’Océan qui est le Tout ? Mais cette vision respecte le mystère de l’existence. L’aspiration à une vie humaine juste et en harmonie avec l’univers y est active.

La parole qui circule entre l’Occident et l’Orient en nous doit donc savoir que si elle ne veut que tout définir en concepts, elle devra s’arrêter un jour et constater l’écart irréductible. Mais la parole qui exprime et signifie des expériences de vie, et par cela l’approfondit, mène à un partage possible et véritable entre ces deux mondes. Et l’amitié qui en résulte nous mène d’ailleurs à l’Origine.

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