Traverser la vie

Traverser la vie : nous laisser traverser par l’Eternel.

 

Notre existence vogue dans les méandres de l’espace-temps. Qu’est l’espace-temps, sinon l’Eternel ? L’Eternel : ni avant, ni après, ni durant ; ni ici ni ailleurs, ni en-dehors ni au-dedans, ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Ni le lieu où se déroule le temps, ni la durée où se déploie l’espace. L’Eternel s’engendre en espace-temps, c’est à dire en tous temps en tous lieux. Dans le passant de nos vies en l’espace-temps, c’est l’Eternel qui se manifeste à nous toujours présent. Il faut dés lors lui accorder nos vies.

Nous marchons sur le sable de cette longue plage, sous un ciel bleu qui rend la mer verte, pas de vent, il fait doux.

Puisque Tu nous traverses de part en part continument, j’aimerais bien, Eternel, que tu sois le souffle et la lumière toujours offerts.

J’ai vérifié qu’un souffle profond crée un esprit lumineux ; qu’un esprit clair garde un souffle paisible et que les deux réunis rendent l’ouverture du cœur possible.

Nous marchons sur le sable de cette longue plage, dans le ciel de petits nuages blancs se forment.

Puisque Tu nous apparais comme souffle et lumière, j’aimerais bien ceci encore, Eternel : que tu nous sois ami, nous reconnaisse tel que nous sommes et nous soutienne. Car, dans l’élan de nos vies, luttent en nous, la pesanteur liée à la peur et la légèreté de la générosité.

Nous marchons sur le sable de cette longue plage en évitant l’eau de la marée qui monte.

Je vois clairement, Eternel, que je ne puis T’atteindre, Toi, directement. Car si je dis : tu viens d’ailleurs pour nous traverser, je te limite par mon langage encore une fois à l’espace-temps.

Mais je vois aussi que c’est en partageant entre nous le souffle et la lumière que nous Te vivons. Notre vie réelle est de Te faire vivre.

Marchant sur le sable de cette longue plage, sous un ciel bleu qui rend la mer verte, fugitivement je vois le dernier avatar de l’obscurité et de l’asphyxie.

Ceux et celles qui fuient l’Erythrée sont arrêtés dans le désert du Sinaï ou de Lybie par des bandes organisées. Le téléphone sonne chez la famille restée au pays. La famille décroche et entend les cris poussés sous des tortures. La famille s’endette, envoie l’argent au compte indiqué. Un circuit financier organisé récupère l’argent, puis revend l’humain-marchandise à un autre forban.

Alors, pas seulement des mots, cette histoire d’ombre et de lumière ? Pas seulement des mots, cette histoire de souffle vivifiant partagé dans la fraternité si belle et si difficile.

Exactement le chemin d’humanité à parcourir. En croyant et espérant que l’Eternel est bonté.

Nous arrivons à la ville et trouvons une brasserie, panekoek à la clef. Miam.

Oostende-De Haan, printemps 2016.

 

 

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